Objectif Terre  | Let the sun shine

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Le mystérieux courant sympathique

Publié par Olivier D sur 23 Mars 2017, 21:11pm

"L'amitié est un sentiment essentiellement particulariste, exclusif et par là même, jusqu'à un certain point, antisocial.  Ce délicat contact des âmes a horreur des promiscuités grégaires. Toute intervention de l'esprit de troupeau lui porte atteinte et le fait cesser.

J'ai souvent remarqué que, dans un entretien où s'était établie cette délicate communication entre deux intelligences et deux sensibilités, la venue d'une tierce personne suffisait pour rompre le charme et faire évanouir le mystérieux courant sympathique.

La conversation prend de suite un tour banal et retombe aux vulgarités des communes accointances. Dès que ce tiers est entré en scène, tout s'est amoindri et enlaidi. Il y a place maintenant pour la raillerie, pour la médisance et la méchanceté, pour les alarmes de la vanité, pour l'hostilité toujours en éveil dans les cœurs. Deux se mettent contre un. Il y a déjà là un commencement de coalition grégaire. Il y a une possibilité de défiance, de dénigrement et de moquerie. Il y a déjà le germe de toute la socialité.

(...)

Ces caractères : spontanéité, liberté, intimité profonde, font de l'amitié un sentiment essentiellement individualiste. — Individualiste, l'amitié l'est en ce qu'elle fait appel à ce qu'il y a de plus individuel dans la personnalité, en ce qu'elle est fondée sur les qualités les plus intimes et sur les affinités individuelles (parfois aussi sur les contrastes) les plus profondes. 

On oppose l'amitié à l'égoïsme, et on a raison : car il y a un certain égoïsme plat et vulgaire qui est l'ennemi né de l'amitié. Mais, d'autre part, l'amitié ne va pas sans un intense sentiment de l'individualité, sans une originalité bien tranchée des deux moi en présence, sous un certain égoïsme supérieur qui s'abstrait de la banale sympathie ambiante et qui va chercher l'être qui lui donnera la réplique, qui le complétera, le stimulera et l'exaltera.
(...)
Élective et aristocratique, l'amitié est un sentiment de luxe. Elle demande des âmes d'une trempe spéciale, d'un métal particulièrement robuste, délicat et vibrant (...) L'amitié est faite de la substance la plus précieuse des âmes qu'elle unit ; elle est le culte de la belle individualité.
L'amitié est un principe d'individualisation.

Les différences qui séparent l'amitié et la socialité vont jusqu'à établir entre elles une véritable antinomie, qui n'est d'ailleurs qu'un des aspects de l'antinomie foncière qui semble exister entre l'individu et la société.

Sur tous les domaines de l'activité humaine, la société s'efforce de réduire, d'absorber, de mater l'individualité. Nous avons dit plus haut que ces délicates et intimes communications d'âmes que sont les affections électives sont vite flétries par les courants grégaires.

Il y a plus. On peut dire que les sociétés organisées, groupe, clan ou corps, voient d'un œil jaloux et tiennent en suspicion plus ou moins ouverte de tels sentiments, précisément parce qu'ils sont particularistes, électifs, individuels (...) La société a toujours eu une tendance à réglementer l'amour et à surveiller l'amitié. L'esprit social ou grégaire ne tolère pas les affections privées qu'autant quelles se subordonnent à lui. Il lui semble que l'individu dérobe quelque chose à la société quand il trouve sa force et sa joie dans un sentiment qui échappe à la réglementation sociale. Il lui semble qu'il y a là un égoïsme condamnable, un vol fait à la société.

Voyez les gens imbus de l'esprit de corps, de clan, de groupe. Leurs amitiés, si on peut parler ici d'amitié, ne sont qu'un aspect et une dépendance de l'esprit de corps. Il y a ici camaraderie, relations de collègue à collègue, et c'est tout. Tant que l'homme dont ils se disent l'ami est bien vu dans le groupe, tant qu'il ne commet rien contre la disciple ou l'étiquette du groupe, les bonnes relations se maintiennent. Mais supposez qu'une circonstance place leur ami en conflit avec le groupe ; supposez qu'une de ses paroles ou un de ses actes ait choqué d'une manière ostensible le code admis par la société ; aussitôt c'en est fait de l'amitié (...)

Au fond de toute camaraderie, de toute sociabilité grégaire se trouve un sentiment commun et fondamental: la peur. Peur de l'isolement ; peur du groupe et de ses sanctions ; peur de l'imprévu. Contre cet imprévu, contre les hostilités possibles, on cherche un recours dans le voisin: «on se serre les coudes», suivant l'expression courante qui exprime si bien ce besoin de sociabilité veule et peureuse (...)

L'amitié, sentiment individualiste, ignore ces calculs peureux et ces associations de lâchetés. Dans l'amitié, l'intime pénétration des individualités exclut cette duperie collective, ce mensonge mutuel qui est la loi de toute vie sociale et qui fait que l'individu croit n'être rien sans les autres (...)

L'homme qui agit sous l'empire de la solidarité compte pour peu de chose l'individu en tant que tel. Les sentiments solidaristes sont des sentiments anonymes, impersonnels, abstraits, c'est-à-dire que ce ne sont pas des sentiments. Le type de ces pseudo-sentiments, ce sont ces sentiments qui font qu'on ouvre son cœur à une corporation tout entière. Ces sentiments sont le triomphe du poncif, du banal, de l'officiel et du faux. (...) 

Tout sentiment qui a pour objet un troupeau humain est forcément superficiel. A fleur d'âme, pour ainsi dire. Il perd en profondeur ce qu'il gagne en étendue.

(...) L 'égotiste asocial ou antisocial est très capable d'amitié. Autant l'humanisme est froid, sec, indifférent ou hostile à l'individu et aux affections et aux intérêts individuels, autant l'individualisme négateur des entités sociales est affectueux, cordial, amical vis-à-vis des individus. Il ouvre les coeurs à la libre sympathie d'individu à individu qu'il place dans une sphère supérieure aux abstractions humanitaires et aux égards conventionnels de la sociabilité courante."  


Source: La sensibilité individualiste, Georges Palante

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