Objectif Terre  | Au Nom de la Déesse-Mère

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DESERTEC, le retour

Publié par Olivier D sur 13 Mai 2017, 06:53am

DESERTEC, le retourDESERTEC, le retour

C'est le sentiment d'un ami journaliste parisien: il y a dans le projet d'aller produire de l'hydrogène au Chili, au Sahara occidental ou en Australie une désagréable odeur colonialiste. "Ya rien là-bas, ce sont des déserts" argumenteront ceux qui ignorent tout des écosystèmes et cultures locales. 

Le projet DESERTEC me séduisait pour son volet pédagogique: un petit carré rouge dans le Sahara en centrale thermosolaire (avec stockage) suffit pour répondre aux besoins du monde. A l'époque peu de gens avaient conscience du potentiel des EnR, il était donc nécessaire de recourir à ce genre d'images pédagogiques. Et le solaire PV + stockage batterie coutait beaucoup trop cher. Plusieurs années après Elon Musk (Tesla) a utilisé le même procédé pédagogique, mais cette fois-ci avec un petit carré bleu ("Blue square !") au milieu des USA. 

Suite à la proposition d'un doctorant spécialisé en thermosolaire j'ai créé l'antenne française de ce think tank allemand, rejoint par une centaine d'"experts énergie" et de passionnés. Au bout de quelques mois de réflexion le projet de pomper l'électricité solaire africaine (et l'eau douce locale) pour alimenter l'Europe a soulevé en moi en problème d'ordre éthique. Il faut d'abord répondre aux besoins énergétiques des populations locales avant de penser à exporter. La question de l'eau douce, ressource précieuse en Afrique du nord, me dérangeait très fortement. J'en ai parlé avec l'un des co-fondateurs du think-tank allemand, Gerhard Knies, et avons constaté nos désaccords. "Il faut laisser faire le marché" me disait-il. J'ai donc décidé de quitter ce réseau. 

Le projet de profiter des importantes ressources solaro-éoliennes chiliennes pour produire de l'Hydrogène au coût le plus bas possible (en gaspillant de nouveau l'eau douce, et avec là aussi à nouveau la présentation du dessalement de l'eau de mer comme solution miracle, au mépris de l'impact des saumures sur les écosystèmes littoraux) constitue en réalité une réminiscence du projet DESERTEC.

"Est-ce une nouvelle version optimisée de DESERTEC ? Contacté par Techniques-ingénieur.fr Breyer, qui est aussi Chairman EnR de l’Energy Watch Group a répondu: « Vous êtes l’un des tout premiers à avoir raison concernant DESERTEC ». Breyer est l’un des cofondateurs de ce think-tank allemand." (Source)

Le projet (Source) de construire de grandes centrales solaro-éoliennes en Australie pour produire de l'Hydrogène (et donc consommer massivement l'eau locale pour alimenter les électrolyseurs), le transformer en Ammoniac et l'exporter vers le Japon pour que de riches patrons nippons puissent gaspiller cet hydrogène en roulant en très coûteuse Toyota Miraï ("nous on est green") est vraiment atroce. D'autres acteurs veulent gazifier le charbon australien pour produire l'hydrogène et l'exporter au Japon. Les Norvégiens sont également dans la course, avec leur hydroélectricité bon marché. Or les Japonais peuvent construire des fermes solaro-éoliennes au Japon et alimenter des voitures électriques à batterie qui sont TROIS fois plus efficientes que les voitures à hydrogène.

L'Australie a été prise d'assaut par des colons britanniques qui méprisaient les cultures aborigènes locales (Source). Le Chili actuel a été envahi par des colons espagnols qui méprisaient les populations indigènes (Mapuches, Ayramas, Rapa Nui etc.). Le Brésil par des colons portugais. Et on trouvera toujours des requins locaux prêts à collaborer avec les envahisseurs sangsues.

Patrick Saultier, Directeur d'IDSE (Ile de Sein Energies) m'a partagé son point de vue:

"Je pense que chaque territoire devrait se considérer comme une île et agir comme tel. Ainsi, on étudierait les besoins du territoires, ce qu’on oublie alors que ce devrait être la base, et ensuite, à l’intérieur de ce territoire, on voit comment répondre avec les ressources de ce territoire. Je pense que là, on aboutirait à un optimum en terme d’environnement et de développement local (social, économique et environnemental)."

C'est auprès des Druidesses de l'île de Sein, lieu aussi mythique et sacré que Chartres pour les Celtes, que Vercingétorix est venu se ressourcer (Source). "Le cantique à Sainte-Marie que l'on ne chante qu'ici" (Source). Aujourd'hui nombreux sont ceux qui viennent sur l'île toute proche de Belle-île-en-mer écouter les sirènes du festival lyrique et ainsi se reconnecter avec eux-mêmes, trouver l'inspiration et reprendre racine. Malheureusement Vercingétorix a ensuite perdu face à l'envahisseur colonialiste romain, ce qui a signé le début de l'agonie des peuples gaulois qui auparavant vivaient libres, de façon insulaire (régionalisme naturel). 

Il est possible de parvenir en France à 90% de solaro-éolien en acceptant 20% de pertes (pertes pouvant par exemple servir à faire du Power-to-Heat ou à produire de l'Hydrogène servant de matière première pour l'industrie chimique: il faut 50 TWh d'électricité pour produire 1 million de tonnes de dihydrogène et l'industrie française en consomme 900.000 tonnes). Les 10% restants peuvent être comblés par l'hydraulique (lacs de barrage), le biogaz et la gazification de la biomasse locale, française. Importer ne sera donc pas indispensable.

Hermann Sheer, père des Lois allemandes sur les énergies renouvelables et auteur du livre Energy Autonomy, considèrait le projet DESERTEC comme absurde. Un "mirage". Pour lui les fondateurs de DESERTEC n'avaient rien compris aux énergies renouvelables. La philosophie d'Hermann Scheer est inspirée de celle de Gandhi (SwaRaj), résistant face au colonisateur britannique et père de l'indépendance indienne.

Il y a en arrière plan l'affrontement de deux philosophies: celle que l'on peut qualifier de "mondialiste" (free trade) et celle de la résilience, de la responsabilité dans la gestion des ressources locales, de l'acceptation des importations (de produits non vitaux) que lorsque l'on ne peut vraiment pas faire autrement.  

Quand on est dans une logique de conquête et d'exploitation des Terres des autres, quand on est aveugle à la valeur et à l'histoire de ces Terres, alors au final on fait n'importe quoi. Dans cette logique purement marchande on se contente de consommer, sans rien comprendre à l'origine et à la valeur de ce que l'on consomme. Cela conduit fatalement au gaspillage et à la croyance d'être sur une planète aux ressources infinies.

Be ECO-logical. Not only logical.

Olivier Daniélo



NB1 - En 2007, il y a 10 ans, Bernard Multon (Professeur à l'Ecole Normale Supérieure) m'écrivait ceci, alors que j'animais l'antenne française de DESERTEC:

"Je pense néanmoins que notre avenir énergétique réside dans la diversité des ressources (renouvelables bien sûr) et de leurs moyens de conversion ainsi que dans une maximisation de l'exploitation locale de ces ressources. Je suis en effet très réservé sur les solutions de production massive à longue distance des lieux de consommation à la fois pour des raisons de risques de tensions politiques et pour des raisons environnementales."

En 2010 Bernard ajoutait:

"Je pense qu'il faut que chaque région du monde fasse le maximum d'effort pour auto-satisfaire ses besoins énergétiques afin d'éviter d'inévitables tensions géopolitiques comme Desertec en produirait (et comme il a déjà commencé à en produire avec l'Algérie). C'est ce que je t'écrivait déjà lors d'un de nos premiers échanges en novembre 2007."

Et en 2011:

"Je rebondis sur ton mail pour te suggérer d'écouter le dernier numéro de Terre à Terre (si tu ne l'as déjà fait) : http://www.franceculture.com/emission-terre-a-terre-gaz-de-schiste-et-industries-extractives-2011-09-24.html

Il aborde notamment les dégâts environnementaux et sociaux de l'industrie minière extractive ainsi que la nécessité d'une certaine indépendance régionale dans les approvisionnements vitaux. Nous avions évoqué lors de notre première "rencontre téléphonique" ce volet de l'extraction de matières premières qui me conduisait à dire que nous devons maximiser notre sobriété (nous = occidentaux, les plus pauvres ont un droit légitime d'avoir mieux...). Même si les ressources renouvelables sont gigantesques, les dépenses en matières premières nécessaires pour fabriquer tous les convertisseurs pourraient contribuer à accroître significativement les dégâts environnementaux associés (je ne doute pas de la suffisance des ressources, je remets simplement en cause le coût environnemental de leur extraction).

Le dernier point, tu t'en seras douté, concerne la production massive d'énergie dans des régions éloignées des lieux de consommation. Je persiste à penser que c'est une mauvaise chose sur le plan des équilibres géopolitiques, mais également environnementaux. J’énoncerais le principe suivant de moindre impact environnemental qui consiste à consommer sur place ce que la nature nous dispense...


13 mai 2017:  "Tu as mis longtemps à rejoindre ces points de vue et je trouve que c'est tout à ton honneur. Il nous est toujours difficile de déboulonner nos certitudes (et je me mets aussi dans cette catégorie !)."

Quelle est l'efficacité énergétique globale de la chaîne via NH3 ? Quelle est l'efficacité énergétique globale de la chaîne via NH3 ?

Quelle est l'efficacité énergétique globale de la chaîne via NH3 ?

NB2 - Commentaire de Cédric Philibert (Monsieur Energies Renouvelables de l'Agence Internationale de l'Energie):

"Utiliser directement l'électricité renouvelable chaque fois que possible et éviter de lourdes pertes, bien sûr. La produire sur place quand c'est possible, bien sûr. 

Mais ce n'est pas toujours possible: il y a les centrales thermiques de pointe pour les semaines d'hiver sans vent, certains usages transports, certains usages industriels. Et
l'utilisation de l'hydrogène en feedstock ou agent réducteur ne se limitera pas à 900 000 t/a en France: tu peux déjà doubler le chiffre pour le fer et l'acier. A consommation énergétique constante, il te faut 4 à 5 fois la production actuelle d'électricité pour couvrir tous les usages. En vrai, moins, grâce à l'efficacité, et au fait que des procédés électriques peuvent être bien plus efficaces que des procédés thermiques (moteur élec vs. ICE). Mais toujours deux à trois fois. 1000 à 1500 TWh

Et là... vouloir à tout prix produire toute cet énergie chez nous, pour finalement faire des produits faciles à stocker et à transporter (pas l'H2 tel quel, mais l'ammoniac ou des alcools ou HC), ce qui est souvent le but, c'est ça le gaspillage, car il faudra deux à trois fois plus de ressources vu les écarts d'ensoleillement et de vent par rapport à d'autres endroits du globe.

Donc, subsidiarité, oui, autarcie, non! Ou alors faut aussi arrêter le café, le chocolat, les bananes et j'en passe...Je ne jetterai pas le bébé avec l'eau du bain, le commerce international avec ses dérives, et la théorie des avantages comparatifs avec! A problème global, solution globale."


Ma réponse:

Il convient à mon avis de distinguer ressources vitales (eau douce, énergie, céréales nourricières) et produits accessoires (comme les Kiwis de Nouvelle-Zélande). 

L'hydrogène n'est indispensable pour aucun type de transport terrestre. Et le réseau Hyperloop (véhicule électrique à batterie) assurera l'intégralité du transport des marchandises à l'échelle mondiale, éliminant à la fois les transports aériens et maritimes de marchandises sur de longues distances.

50 TWh c'est 10% de la demande électrique française, et cela permet de produire 1 Mt d'Hydrogène. Donc en acceptant 20% de perte (et non pas 10%) le compte est bon pour doubler la mise et inclure acier & co ;)

Oui, il y a des régions dans le monde où les ressources solaro-éoliennes sont supérieures à celle de la France, tu as raison de le souligner. Mais les 20% de surplus de production solaro-éolienne française sus-mentionnées (environ 100 TWh) suffiront à répondre aux besoins en hydrogène pour nourrir l'industrie (Ammoniac, acier etc.). Il serait dommage de les perdre ;)


Si en France on n'est pas capable de répondre à la totalité de nos besoins énergétiques grâce au solaro-éolien, alors cela signifie que l'on consomme trop. Déplacer le problème en construisant des centrales à l'étranger, je ne suis pas certain que cela soit optimal car cela serait rester dans la logique du "toujours plus" et d'un monde considéré comme exploitable à l'infini.

90% de l'humanité vit dans des régions bien ensoleillés par conséquent il ne faudra pas "2 ou 3 fois plus de ressources". Les régions à très forte insolation sont bien souvent celles où la ressource eau douce est rare. Il y a donc incompatibilité avec des projets fortement consommateurs d'eau tels que ceux visant à produire de l'hydrogène. A noter d'ailleurs que les cellules photovoltaïques sont très sensibles à la température: ce n'est pas seulement la ressource solaire qui compte mais aussi le rendement que l'on peut avoir concrètement. Pour les Canadiens et les Scandinaves (l'effet radiateur du Gulf Stream explique pourquoi ils vivent si au nord), il vaut mieux alimenter directement les voitures électriques à batteries avec l'hydroélectricité (ce que font dès à présent les norvégiens). Restent les Français...Qui ne sont pas le centre du monde...

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