Objectif Terre  | Let the sun shine

Objectif Terre | Let the sun shine

Au nom de la Déesse-Mère: un blog-notes et un livre à paraître prochaînement après 7 années d'investigations quotidiennes. Etymologie, mythologie (mythes de la création), psycho-archéologie et archéo-astronomie | La crise écologique est une crise de filiation | "Nous sommes des Reines" (Ariana Grande) | "Mais nous n'avons pas de Père. Vari (Marie) toute seule nous a mis au monde" (Chant de la création, île Mangaïa) | "Le mariage détruit les familles. Qui partage le même bol ne partage pas le même lit" (dicton des Mosos du Tibet) | Le Jésus de la Gnose rejettait le mariage, la "relation de souillure" | La plus fondamentale autonomie énergétique est l'autonomie de l'énergie sexuelle | Oui, les Femmes qui acceptent de devenir esclaves des patriarches et de leur pseudo-morale débile me dégoûtent | "Il faut que les Femmes se réveillent () Le futur de la Terre dépend des Femmes" (Amma) | "Un art de rester soi dans le rapport à autrui " (Michel Onfray, Théorie du corps amoureux, pour une érotique solaire) | 2007-2017: 3.811.774 pages vues | Vous cherchez un article ? RDV sur google.fr: écrire ses mots clés suivis de l'opérateur site:electric-ecosystem.com | @ElectricEcosyst | Contact: Olivier Gwrac'h - olivierdanielo (at) gmail.com | Bio: https://sites.google.com/site/olivierdanielo/

Le prétexte climatique - Analyse

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Thierry Messan (dont je ne partage pas du tout la plupart des idées, notamment à propos du 11 septembre) vient de publier sur Voltaire.net un dossier intitulé "Le prétexte climatique", voir ici (le dossier contient trois parties). L'analyse contient des points à mon avis  intéressants, qui stimulent le débat. Mais aussi des points très négatifs. En noir : texte de Thierry Messan. En violet : mes commentaires. Pour les notes de bas de page (références de Tierry Messan), voir le texte original sur Voltaire.net

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Le prétexte climatique 1/3

1970-1982 : L’écologie de guerre

par Thierry Meyssan

 

Le discours environnemental est entré sur la scène politique internationale au début des années 80. Positif par essence, il est vite devenu un attribut indispensable du pouvoir légitime. Les plus importants chefs d’Etat ou de gouvernement se le sont approprié à un moment ou à un autre. Tandis que les multinationales les plus polluantes ont abondamment financé les organes compétents de l’ONU. Dans cet article en trois parties —qui ne fera plaisir ni aux écolos, ni à leurs adversaires—, Thierry Meyssan retrace l’embarrassante histoire de cette rhétorique. Elle a souvent consisté à manipuler les bons sentiments ou la peur de l’avenir pour faire passer des décisions militaires ou économiques contestées.

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JPEG - 27.2 koPhoto : Le président Gerald Ford, le secrétaire d’Etat Henry Kissinger et le conseiller de sécurité nationale Brent Scowcroft. Après avoir étudié les conséquences du réchauffement climatique, tous trois ont décidé, fin 1974, que la réduction de la population mondiale serait un objectif stratégique des Etats-Unis.

La conférence de Copenhague sur le climat fut un exemple paroxystique du fossé séparant un événement de la représentation que les médias en donnent. Avant la conférence, de nombreuses personnalités assuraient que l’apocalypse était pour demain si l’on ne faisait rien et qualifiaient le sommet de « conférence de la dernière chance pour l’humanité ». Mais une fois le celui-ci terminé, sans être parvenu à un accord contraignant, les mêmes personnalités assuraient que ce n’était pas si grave : l’accord serait finalisé lors de futures rencontres et l’apocalypse attendrait après-demain. Les principaux médias ne fournirent aucune explication sur ce revirement et passèrent à autre chose. 
[Commentaire : analyse fondée, c’est effectivement ce qui s’est passé.] 

Pour comprendre ce qui s’est vraiment passé à Copenhague et ce qui est en jeu à propos de la « menace climatique », nous devons revenir en arrière et nous remémorer l’ensemble du processus qui a produit cette nouvelle idéologie et conduit au show de Copenhague. Il ne s’agit pas ici d’aborder les conséquences des changements climatiques qui, tout au long des siècles, ont poussé les hommes d’une région à l’autre, ni d’anticiper sur les prochains changements climatiques et les migrations qu’ils provoqueront. Nous concentrerons notre attention sur un autre aspect des choses : comment les slogans des uns peuvent-ils devenir des mensonges partagés par tous ? comment la ruse politique peut-elle se cacher derrière l’apparence de la science ? et, en définitive, comment de faux consensus peuvent s’écrouler soudainement ? [Commentaire : questions très intéressantes]

En 40 ans, les questions environnementales ont été instrumentées aux fins politiques les plus différentes par Richard Nixon, Henry Kissinger, Margaret Thatcher, Jacques Chirac et Barack Obama. Aucun de ces leaders n’a cru que les variations climatiques sont imputables à l’homme et menacent sa survie [Commentaire : on ne sait pas ce que pensent vraiment ces personnalités. Thierry Meyssan se permet de penser à leur place, il ne s'agit que de son interprétation personnelle]. Pourtant, la plupart l’ont dit et ont trouvé un intérêt différent à le dire. Voici l’histoire de l’écologie politique comme champ d’affrontement des grandes puissances. 


Le jour de la Terre  

JPEG - 19 koPhoto : Le secrétaire général des Nations Unies, U-Thant, proclame le « jour de la Terre » pour protester contre la guerre du Vietnam (ici devant la cloche japonaise de la paix, lors de la première célébration).

Tout commence en 1969. Le militant pacifiste états-unien John McConnell propose à l’UNESCO de créer un « Jour de la Terre ». Il devrait être célébré à l’équinoxe de printemps, sous forme d’une journée fériée dans le monde entier, et permettrait de renforcer le sentiment d’unité de l’humanité habitant la même planète.  


Ce rêve rencontre le soutien du secrétaire général des Nations Unies, U-Thant. il y voit une occasion de plus de manifester son opposition à la guerre du Vietnam. Pour le diplomate birman, comme pour beaucoup d’Asiatiques, le respect de l’environnement n’est pas dissociable du respect de la vie humaine [Commentaire : oui, en Inde, par exemple, les vaches sont considérées comme sacrées et la dignité humaine n'est pas considérée comme supérieure à celle de la dignité des vaches. Cette vision est en fort contraste avec celle du judaïsme, du christiannisme et de l'islam], il participe d’une recherche de l’harmonie qui exclut la guerre. U-Thant institue ce « jour », mais aucun Etat ne suit sa recommandation. Quoi qu’il en soit, il imagine une petite cérémonie au cours de laquelle, il fait sonner la cloche japonaise de la paix dans le palais de verre et s’exclame : « Puisse-t-il n’y avoir que des jours à venir pacifiques et joyeux, pour notre beau Vaisseau Spatial Terre qui continue à filer et tourner dans l’espace froid avec son chargement chaleureux et fragile de vie» [1]. Washington ne réagit pas directement.
  Sans lien apparent avec ce précède, le sénateur du Wisconsin, Gaylord Nelson propose d’appliquer aux questions environnementales US les techniques de mobilisation de la gauche états-unienne contre la guerre du Vietnam. Il proclame le mercredi 22 avril 1970… « Jour de la Terre» [2] 
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Photo : Le « jour de la Terre », version US, est un moyen pour la classe dirigeante de détourner de leur objectif les militants anti-guerre du Vietnam (ici la « une » du Daily News de New York).

Comme Nelson est démocrate, personne ne dénonce la manipulation. Au contraire, la presse dominante reprend son appel et le soutient. Le New York Times jubile : « La préoccupation grandissante face à la crise environnementale balaye les campus du pays avec une intensité qui, si elle se poursuit, pourrait occulter le mécontentement étudiant contre la guerre du Vietnam» [3]. En définitive, plus de 20 millions d’Etats-uniens participent à l’évènement qui consiste avant tout à nettoyer villes et campagnes des déchets qui les jonchent. Pour le président Richard Nixon et son omniprésent conseiller Henry Kissinger, ce succès est inespéré. Il est possible de divertir le mouvement anti-guerre et de diriger l’énergie des manifestants vers d’autres combats. L’écologie doit se substituer au pacifisme et au tiers-mondisme. Ce « jour de la Terre », version US, remplacera avantageusement celui des Nations Unies. Le sénateur Nelson appelle les manifestants à déclarer « la guerre pour l’environnement » (sic) [4]. Sous son influence, les associations étudiantes demandent de changer les priorités du moment et de transférer une partie des budgets alloués à la Défense vers la protection de l’environnement. Ce faisant, elles renoncent à condamner la guerre du Vietnam en particulier et l’impérialisme en général [5] Rapidement, les Républicains font voter des lois sur la qualité de l’air et de l’eau, et d’autres pour développer des parcs naturels et protéger le patrimoine naturel. Le président Richard Nixon créée une Agence fédérale de protection de l’environnement (US EPA), tandis que 42 Etats fédérés institutionnalisent cette manifestation annuelle.  
 
 
JPEG - 19.8 koPhoto : Le sénateur Gaylord Nelson appelle à déclarer « la guerre pour l’environnement » lors du premier « Jour de la Terre » (Denver, 22 avril 1970). Derrière lui, le drapeau du mouvement, dessiné par Ron Cobb sur le modèle du drapeau des Etats-Unis. A la place des étoiles, un E et un O stylisés font référence à une Organisation pour l’Environnement. La jeunesse est priée de défendre ce nouveau drapeau plutôt que de brûler la bannière étoilée. [Commentaire : cette partie du texte de T. Meyssan, sur la façon dont l'énergie des opposants à la guerre du Vietnam a été détournée est très intéressante. Ce qui n'enlève rien à la noblesse des actions de ceux qui veulent protèger l'environnement]

L’écologie est désormais une « préoccupation » de Washington et requiert d’autant plus un traitement particulier au plan international qu’il faut neutraliser le mouvement anti-guerre dans le reste du monde. 

L’ONU organise à Stockholm, en 1972, sa première conférence sur l’environnement humain, ultérieurement connue comme le premier « sommet de la Terre » [6]. Le secrétariat général de la conférence, responsable des travaux préparatoires est confié au Canadien Maurice Strong. Ce haut-fonctionnaire dirigeait l’Agence canadienne de développement international [7], administration sœur de l’USAID et servant comme elle de paravent à la CIA [8]. Strong étant par ailleurs administrateur de la Rockfeller Foundation, il commande à celle-ci le document préparatoire de la conférence Only One Earth. The care and maintenance of a small planet (Une seule Terre : le soin et la préservation d’une petite planète), rédigé par l’économiste britannique Barbara Ward et le biologiste franco-états-unien René Dubos. Il est clair que les ressources de la planète sont insuffisantes pour que l’humanité entière bénéficie du même développement économique. [Commentaire : Ce constat de Ward et Dubos n'est valable dans le cadre d'une économie mondiale basée sur les énergies fosssiles. Il est erroné si l'on se place dans la perspective du clean energy economy] Il faut prendre des mesures conservatoires.  

Bien que le sujet ne soit pas encore à la mode, 113 États participent au sommet. Seuls deux chefs de gouvernement font le déplacement : Olof Palme (Premier ministre du pays hôte) et Indira Ghandi (Inde) ; tous deux farouches adversaires de la politique impériale des Etats-Unis et de la guerre du Vietnam. Loin d’abonder dans le sens prévu, ils tirent du constat de la Rockfeller Foundation des conclusions inverses de celles des rapporteurs. Ils affirment que si les ressources naturelles ne permettent pas d’étendre le niveau de développement occidental à l’ensemble du monde, ce n’est pas que le développement pour tous soit impossible, mais que le modèle occidental est inadapté et doit être condamné [9] [Commentaire : cela dépend ce que l'on entend pas "modèle occidental". Si "modèle occidental" signifie économie basée sur les énergies fossiles, je suis d'accord]. Ce ne seraient donc pas les pauvres, mais les riches qui menaceraient l’environnement.

Le témoignage des habitants de l’île japonaise de Minamata —contaminés par des déjections industrielles de mercure via les poissons dont ils se nourrissent [10]— est l’occasion d’une découverte planétaire des dangers d’un capitalisme sans conscience null[Commentaire : le communisme a mené à l'assèchement de la mer d'Aral. Ce n'est ni l'idéologie communiste, ni l'idéologie capitaliste qui sont, en soi, à l'origine de ces problèmes environnementaux]. La conférence affirme que les problèmes environnementaux dépassent les cadres nationaux et les blocs. Ils nécessitent une coopération internationale. C’est pourquoi les participants décident de créer le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE).
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Photo : A la clôture de la conférence de Stockholm, le 16 juin 1972, le secrétaire général Maurice Strong (à gauche) salue le président de séance Ingemund Bengtsson.

Les choses étant bien organisées, les Anglo-Saxons récupèrent le sujet en douceur. Ils proposent que la direction du PNUE revienne au fidèle Maurice Strong et que le siège de l’organisation soit implanté à Nairobi (Kenya), où Strong avait débuté sa carrière comme représentant du pétrolier CalTex. Tout rentre dans l’ordre. Les participants de ce premier sommet se donnent rendez-vous dans dix ans pour faire le point.

Le milliardaire David Rockefeller milite pour l’arrêt de la croissance mondiale. Il sponsorise un think tank, le Club de Rome [11. Celui fait réaliser une étude par l’équipe de Dennis Meadows (Massachussetts Institute of Technologie), qui est publiée sous le titre Halte à la croissance ? et devient un best-seller [Commentaire : En France, encore aujourd'hui, Jean-Marc Jancovici (du club Nicolas Hulot) a une idéologie intégralement basée sur l'approche Rockefeller/Meadows]. Il relance la question posée par Thomas Malthus (1766-1834) : celle de la croissance beaucoup plus rapide de la population et de sa consommation que des richesses produites. Alors que Malthus envisageait le problème à l’échelle des îles britanniques, le Club de Rome l’élargit à l’échelle de la planète. Qu’adviendra t-il de l’humanité si la population continue à croître de manière quasi-exponentielle et si nous consommons les ressources naturelles non renouvelables de la Terre ? À un moment donné, nous devrons affronter la pénurie et notre système s’effondrera
 
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[Commentaire : nous ne sommes confrontés ni à un problème de resssource en énergie (1% de la surface du Sahara en centrale thermosolaire est suffisant pour répondre à la totalité de la demande électrique mondiale, voir ici), ni à un problème de ressource en matière, mais à un problème surfacique : la surface de la planète terre est limitée. Il convient donc de focaliser notre attention sur l'efficacité énergétique des éco-technologies, et par exemple de mettre en place un moratoire sur les agrocarburants : sur 1000 unités d'énergie qui parviennent à une surface donnée de culture, ont obtient seulement 2 unités sous forme d'énergie biochimique, contre par exemple plus de 150 avec un panneau solaire].   
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http://www.electron-economy.org/pages/diapositives-2274231.html
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Photo : Rapport du Club de Rome : The Limits to Growth (version française : Halte à la croissance ?).

La relance du malthusianisme a de quoi surprendre dans les années 70 car, à cette époque, les historiens de la démographie ont déjà largement établi que la croissance de la population varie selon les groupes humains et que le taux de fécondité des femmes diminue considérablement lorsqu’elles ont accès à l’éducation. Peu importe, le Club de Rome s’empare des débats du PNUE et cristallise l’attention sur la question des ressources non renouvelables dans un monde fini.
[Commentaire : Focaliser l'attention sur les ressources renouvelables est une approche bien plus positive (croissance verte). La planète terre n'est pas une prison. Sur le plan énergétique, est est fondamentalement ouverte. Une bonne partie du livre que je suis en traind'écrire porte précisément sur ce point fondamental]

Au delà des critiques méthodologiques qui ont été formulées à l’encontre des modèles mathématiques non différenciés du Club de Rome, et malgré l’espoir que l’on peut placer dans le progrès des sciences et des techniques pour résoudre le problème, l’opinion publique occidentale s’interroge sur la faiblesse de son système de développement économique ; [Commentaire : il est temps à présent d'en revenir à la raison : nous ne sommes pas confronté à un problème de ressource énergétique] d’autant plus qu’elle doit affronter au même moment une pénurie temporaire de pétrole lors de la guerre israélo-arabe d’octobre 73 [Commentaire : Oui,les ressources en énergies fossiles sont limitées. mais, bonne nouvelle, les énergies renouvelables nous permettent de remplacer ce pétrole sans renoncer à notre niveau de développement. Par exemple, une éolienne Repower 5MW permet de produire assez d'électricité chaque année pour alimenter 10000 véhicules électriques standards qui parcourent chacun 10000 km par an].

À Washington, le conseiller de sécurité nationale Henry Kissinger commande un rapport sur la question [12]. Sans surprise, il confirme ce que pense la Maison-Blanche : ce ne sont pas les Etats riches qui posent problème, mais les pays pauvres. On peut y lire : « Nous ne savons pas si les développements techniques permettront de nourrir 8 milliards de personnes, à plus forte raison 12 milliards au 21e siècle [Commentaire : vraiment n'importe quoi !]. Nous ne pouvons pas être entièrement certains que des changements climatiques dans la prochaine décade ne vont pas créer des difficultés considérables pour nourrir une population croissante, spécialement dans les pays en voie de développement qui vivent dans des conditions toujours plus marginales et vulnérables.

Il existe en définitive une possibilité que le développement d’aujourd’hui pointe vers des conditions malthusiennes dans de nombreuses régions du monde » [13]. Sur la base de quoi, Washington décide de conditionner l’aide au développement économique du tiers-monde à des programmes de contrôle des naissances, d’orienter l’action du Fonds des Nations unies pour la Population dans le même sens, et de soutenir certains mouvements féministes dans le monde. [Toute ceci pour que les américains puissent continuer à consommer tranquilement, et ne soient pas emmerdé par les pauvres qui veulent sortir de la pauvreté ! C'est à gerber. En réalité, il y a assez de surface pour bien nourrir toute l'humanité (voir cet article à ce sujet]    
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Photo : Le banquier David Rockefeller, co-fondateur du Groupe de Bilderberg, fondateur de la Commission trilatérale, ancien directeur du Council on Foreign Relations et sponsor du Club de Rome.
[Il y a des gens, parcequ'ils sont bourrés de fric, qui s'auto-autorisent à décider des besoins du monde. C'est le cas  par exemple de Douglas et Kristine Tompkins, qui n'hésitent pas, en Argentine, à chasser les petits paysans  au nom de l'écologie ! Lire : Patagonie - Les Rockefeller de l'écologie, voir ici]
On désigne le courant idéologique de Rockefeller non comme « malthusien », mais comme « néo-malthusien » parce qu’il préconise la diffusion de la pilule contraceptive et le recours à l’avortement alors que ces solutions auraient horrifié le pasteur Malthus, partisan quant à lui de l’abstinence obligatoire. Cependant, on comprend mieux cette doctrine lorsqu’on la situe dans son contexte historique. À la fin du XVIIIe siècle la famine sévit en Angleterre. La loi fait obligation aux paroisses de nourrir les pauvres, ce qui provoque l’appauvrissement de la paroisse du pasteur Malthus. Or, celui-ci observe que les pauvres ont une fertilité bien supérieure à celle des riches. Aussi sont-ils de plus en plus nombreux et il est prévisible que la charge qu’ils représentent pour la communauté continuera à croître exponentiellement, alors que les revenus de paroisse ne croissent qu’arithmétiquement. Le moment viendra inexorablement où il ne sera plus possible de nourrir les assistés et où ils feront la Révolution comme en France. En pleine Guerre froide, les néo-malthusiens suivent le même raisonnement, mais cette fois avec la crainte de foules affamées se jetant dans les bras du communisme soviétique. Ils se livrent à une critique du libéralisme et réclament que le capitalisme soit protégé à la fois par un contrôle étatique de l’accès aux ressources naturelles mondiales et par une diminution autoritaire de la démographie du tiers-monde.  [Voici un éclairage très intéressant de T. Meyssan]

Revenons à la crise pétrolière de 1973. Aux États-Unis et en Israël, on s’inquiète du moyen de pression dont disposent les pays arabes producteurs de pétrole. Henry Kissinger, Edward Luttwak et Lee Hamilton militent pour protéger militairement l’accès des États-Unis au pétrole du Golfe. En 1979, les État-Unis continuent à souffrir de difficultés économiques. À la Maison-Blanche, le conseiller pour les Affaires intérieures, Stuart Eizenstat, préconise de faire de l’OPEC un bouc-émissaire. En définitive, le président Jimmy Carter (membre de la Commission trilatérale, un autre think tank sponsorisé par David Rockfeller et animé par Zbignew Brzezinski) prononce son célèbre discours sur la crise de confiance [14]. Il y souligne la nécessité pour les États-Unis d’accéder à l’indépendance énergétique pour retrouver foi en leur avenir économique. Six mois plus tard, il annonce que l’accès des États-Unis aux ressources énergétiques nécessaires à son économie est élevé au rang de priorité stratégique [15]. Cette décision conduira ultérieurement à la création du Centcom et aux tentatives de remodelage du Grand Moyen-Orient.  
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Photo : Pendant la guerre du Vietnam, des équipes de l’US Air Force basées en Thaïlande ont conduit une guerre climatique au Laos durant 5 ans. Chaque équipe était composée de 2 C-130 escortés de 2 F-4 (photo prise le 31 juillet 1968 à l’occasion de la 500e sortie aérienne).
En 1975, la chute de Saigon marque la fin de la guerre au Vietnam et dans le Sud-Est asiatique. Le bilan qui en est fait permet de mettre en lumière la guerre environnementale et climatique que les États-Unis ont livré dans cette région. Le Pentagone avait commandé à Dow Chemical et à Monsanto de fabriquer les « herbicides de l’arc en ciel », dont le plus célèbre, « l’agent orange », était à base de dioxine. Ces produits chimiques furent utilisés massivement et sur de longues périodes d’abord pour détruire les rizières et affamer les populations, puis pour détruire les forêts où se cachaient les résistants (Opération Ranch Hand). Au total 2,5 millions d’hectares sont empoisonnés et cinq millions de personnes sont contaminées à des degrés divers [16]. Le Pentagone avait également commandé d’ensemencer les nuages du Laos avec de l’iodure d’argent pour provoquer des pluies torrentielles, allonger la saison de la mousson et rendre impraticable la piste Ho Chi-Minh permettant d’approvisionner la Résistance au Sud-Vietnam (Opération Popeye) [17].

Il est convenu entre les États-Unis et l’Union soviétique qu’avant toute discussion sur les questions écologiques, il est indispensable d’en exclure les guerres environnementales et climatiques. Washington et Moscou rédigent alors sans concertation internationale la Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles. Elle est adopté de mauvaise grâce par l’Assemblée générale des Nations Unies, fin 1976. Le document est écrit de telle sorte que les deux super-puissances se réservent divers moyens de contourner l’interdiction qu’elles viennent d’édicter aux autres. Désormais les guerres environnementales et climatiques n’existent plus —en théorie—. Il est donc inutile d’en parler. 

Le prétexte climatique 2/3
1982-1996 : L’écologie de marché

Au cours des années 80-90, l’écologie a été dissociée des questions de Défense pour se confondre avec les problématiques économiques. Dans ce second volet de son étude sur l’histoire de la rhétorique environnementale, Thierry Meyssan analyse comment les multinationales ont renversé la situation et sont passées de la position d’accusé à celle de sponsor des associations vertes.
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1982 : Nairobi, le second « sommet de la Terre » et le leadership de Magaret Thatcher
Progressivement, le débat se déplace du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) vers le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) où il donnera lieu à des affrontements entre les États-Unis d’un côté, le Saint-Siège et l’Iran de l’autre, à propos de la morale sexuelle. Au sein du camp capitaliste, les néo-malthusiens perdent de l’influence au profit des partisans de la dérégulation. Le président Ronald Reagan traite avec dédain le second « sommet de la terre » (Nairobi, 1982) qui passe inaperçu. Il n’est pas prévu de convoquer de nouvelle conférence.

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Photo : Pour Jessica Mathews (WRI), ce ne sont pas le capitalisme et les multinationales qui sont responsables de la dégradation environnementale. Au contraire, ce sont les grandes entreprises et le marché qui ont la solution.
Les démocrates états-uniens prennent les choses plus au sérieux. James Gus Speth, ex-conseiller Environnement de Jimmy Carter, et Jessica Mathews (ex-adjointe de Zbignew Brzezinski au Conseil de sécurité nationale et administratrice de la Rockefeller Foundation) fondent un think tank écologiste destiné à influencer la Banque mondiale, le World Resources Institute. Financé par des multinationales, il sera le premier organisme de ce type à consacrer de gros budgets à l’étude politique du climat. Il met en cause la capacité des États à répondre aux défis environnementaux et préconise une gouvernance globale qui, selon lui, passe par le marché et non par l’ONU. Les traités sont inutiles. C’est aux multinationales de faire avancer ces dossiers et elles ne le feront que lorsque leurs actionnaires y trouveront un intérêt. Après l’échec de la conférence de Nairobi, les Nations unies réduisent leurs ambitions et se contentent de négocier la Convention de Vienne et le Protocole de Montréal sur l’interdiction des chlorofluorocarbones, responsables du « trou dans la couche d’ozone ».
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Pour Gro Harlem Bruntland (Commission mondiale sur l’Environnement et le Développement), l’accés aux ressources est tout autant un problème environnemental qu’une question de justice sociale.
Pour relancer le débat qui lui échappe, le secrétaire général de l’ONU, le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, nomme une Commission mondiale sur l’environnement et le développement, dont la présidence échoit au ministre d’État norvégien (c’est-à-dire Premier ministre), le docteur Gro Harlem Bruntland, et le secrétariat général à Jim MacNeill. Cet organisme, dont Maurice Strong est membre parmi d’autres, rend un rapport pessimiste et ambigüe, Notre avenir à tous [1]. Il innove en prenant en compte les préoccupations du Tiers-monde. Dans cette optique, il évoque pour la première fois dans un document international la notion de « développement soutenu » (ultérieurement traduite par « développement durable »). La croissance industrielle n’est pas l’ennemie du genre humain, mais elle doit être régulée de sorte à ne pas hypothéquer les droits des générations futures. Ce qui implique, certes, que l’activité humaine ne doit pas détruire son environnement, mais aussi qu’elle ne doit pas créer des inégalités telles que des enfants puissent naître sans avenir dans un pays pauvre. [Commentaire : voici à mon avis une approche très saine, car fondée sur des valeurs humanistes]

La problématique de l’accès aux ressources naturelles et de leur gestion échappe aux néo-malthusiens pour prendre une dimension révolutionnaire que tout le monde ne comprend pas de la même manière : pour les tiers-mondistes, les Etats doivent légiférer pour garantir l’accès de tous aux biens communs, tandis que pour les capitalistes, ils doivent au contraire déréguler pour garantir l’accès des multinationales. Cette double lecture inquiète certains États développés, mais deux facteurs vont les inciter à s’investir dans la suite des négociations.JPEG - 11.5 ko 
 

Photo : L’alarmiste James Hansen remet au goût du jour la théorie de l’effet de serre. Il permet à son employeur, la NASA, de se trouver une nouvelle utilité : l’observation satellitaire du climat.


En 1986, la navette Challenger se désintègre en vol, 73 secondes après son décollage. Les États-Unis décident l’interruption immédiate des vols. La NASA entre dans une phase d’introspection et de réorganisation. Pour sauver son budget, elle envisage de se reconvertir dans l’observation par satellite des changements climatiques. Le directeur de l’institut de climatologie de la NASA, James Hansen, dramatise le problème lors de son audition par une commission du Sénat [2]. Grâce à lui, le mouvement écologique états-unien trouve une caution scientifique et la NASA récupère son budget.
Hansen relance la théorie de « l’effet de serre » : la présence dans l’atmosphère de certains gaz, dont le CO2, augmenterait la température globale de la surface terrestre ; un concept formulé en 1896 par le physicien et chimiste suédois Svante Arrhenius. [Commentaire : le CO2 est effectivement un gaz à effet de serre, mais étant donné que la sensibilité climatique 2xC02 n'est pas connue, il est impossible d'établir une correspondance directe entre quantité de C02 émise et variation de la température moyenne globale. On s'attend à ce qu'émettre du CO2 dans l'atmosphère augmente la température, mais on ne sait pas de combien]



Ce scientifique scientiste avait émis l’hypothèse que l’humanité pourrait échapper à un nouvel âge glaciaire grâce à la chaleur de ses usines. Sa démonstration s’était avérée improvisée et l’idée avait été abandonnée [Commentaire : Exact. En 1971, notamment dans le Washington Post, James Hansen (qui est le grand gourou des climaologues réchauffistes à l'échelle mondiale) annonçait l'entrée dans une période de grand refroidissement qui devait durer un siècle]. James Hansen la reprend —sans la vérifier—, pour en tirer la conclusion inverse : le développement industriel va provoquer un réchauffement climatique préjudiciable à l’humanité.

Margaret Thatcher s’empare à son tour de la question climatique et s’impose rapidement comme le leader mondial en la matière. En 1987, Maumoon Abdul Gayoom, président des Maldives, s’adresse à ce sujet au sommet du Commonwealth à Vancouver. Son pays, dit-il, disparaîtra si le climat se réchauffe et les eaux montent. En 1988, le Canada et la Norvège organisent à Toronto une conférence ministérielle mondiale sur le thème : « Notre atmosphère change : implications pour la sécurité globale » [3], pour la première fois, on y traite des déplacements possibles de population et on y évoque des objectifs précis de réduction des gaz à effet de serre.

Les Premiers ministres canadien et britannique Brian Mulroney et Margaret Thatcher convainquent leurs partenaires du G7 (États-Unis, France, Allemagne et Italie) de financer un Groupe inter-gouvernemental d’étude sur l’évolution du climat (GIEC) sous les auspices du PNUE et de l’Organisation météorologique mondiale, qui ont déjà initié un programme de recherche commun [4]. Peu après, Madame Thatcher délivre un important discours à la Royal Society [5]. Elle affirme que les gaz à effet de serre, le trou de la couche d’ozone et les pluies acides exigent des réponses intergouvernementales. En 1989, elle s’adresse à l’Assemblée générale des Nations unies. Elle sonne l’alarme et appelle à une mobilisation générale. Elle annonce que le Royaume-Uni a déjà pris une série d’initiatives pour moderniser son industrie et qu’il mettra à disposition des chercheurs du monde entier les outils informatiques nécessaires à l’étude du climat [6]. De retour à Londres, elle créée le Hadley Center for Climate Prediction and Research, qu’elle inaugure solennellement [7]. Dans la lancée, elle participe à la conférence mondiale sur le climat à Genève où elle plaide pour la rédaction d’une Convention globale [8].
Le GIEC ne prend tout son sens qu’avec le Hadley Center. Lady Thatcher n’a pas voulu créer une académie scientifique internationale, mais un organe politique, chargé d’encadrer la recherche ; et ce d’autant plus facilement que les savants qui y participent ont besoin du Centre Hadley pour poursuivre leurs travaux. Son objectif n’était pas de fabriquer une fausse science pour appuyer une ligne politique, mais d’orienter la recherche fondamentale pour qu’elle devienne une recherche appliquée, utile à une nouvelle révolution industrielle qu’elle appelait de ses voeux.

JPEG - 20.3 ko Photo : Margaret Thatcher aborde le défi climatique comme une occasion pour le Royaume-Uni de prendre le leadership de la recherche scientifique mondiale et d’entamer une nouvelle révolution industrielle (ici, lors de l’ouverture du Hadley Center, 25 mai 1990).

La volonté de lady Thatcher, ancienne chercheuse en chimie organique, de fonder la prospérité et le rayonnement de son pays sur son leadership scientifique ne fait pas de doute. À l’opposé des néo-malthusiens, elle pose que les progrès scientifiques doivent permettre de résoudre le défi climatique. Elle cite en exemple la manière dont la ville de Londres s’est débarrassée du fog, cet épais nuage formé par les fumées d’usine rabattues au sol par le brouillard. Loin de condamner l’industrialisation, elle entend réaliser une nouvelle révolution industrielle qui hissera à nouveau son pays en tête de l’économie mondiale. Elle ferme les mines de charbon, s’appuie sur le pétrole de la mer du Nord et prépare l’avenir avec le nucléaire.
Cette grandiose ambition, qu’elle poursuit dans le plus total mépris de la classe ouvrière et en imposant une marche forcée à la classe dirigeante, se fracasse sur les dissensions du Parti conservateur qui se révolte contre son autoritarisme et la contraint à la démission.



1992 : Rio, le troisième « sommet de la Terre » et le triomphe de Maurice Strong
Au cours des dernières années, Maurice Strong [Commentaire :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Strong ] a quitté la fonction publique canadienne. Il est devenu milliardaire. Il a été nommé directeur de Petro-Canada et a accumulé une impressionnante fortune personnelle. Avec le marchand d’armes saoudien Adnan Kashoggi, il créé American Water Development, une société qui achète la vallée de Saint-Louis en vue d’exploiter les réserves d’eau du Colorado. Mais ils doivent faire face à la colère des habitants qui craignent de voir cette région verdoyante transformée en désert.
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Photo : L’entrée du « Vaisseau Terre » au Haidakhandi Universal Ashram de Crestone. Maurice Strong a installé au Baca Ranch des sanctuaires hindou, bouddhiste, chamanique, juif et chrétien.

Soudain, Strong renonce. Selon ses dires, un sage lui aurait révélé les propriétés mystiques de ce lieu sacré pour les Indiens. Avec son épouse Hanne, persuadée d’être la réincarnation d’une prêtresse indienne, ils créent la Manitou Foundation [Le grand Manitou ! LOL], dont elle est présidente et lui trésorier. Ils investissent 1,2 million de dollars. Ils construisent au Baca Ranch de Crestone un vaste complexe de spiritualité New Age où se côtoient temples hindous et bouddhistes, temples juifs et églises chrétiennes, chamans et autres sorciers, selon un urbanisme ésotérique. De hautes personnalités membres du très sérieux Aspen Institute (Rockefeller, Kissinger, etc.) viennent y méditer afin que toutes les religions ne fassent plus qu’une. Laurance Rockefeller (frère de David) fait un don de 100 000 dollars. Cette étrange aventure prend fin aussi subitement quelle avait commencé, sans que l’on ait jamais su si elle relevait du délire collectif ou si elle faisait partie d’un plan de communication pour adoucir l’image de requins de Maurice Strong et de ses amis.
Au demeurant, le Baca Ranch aura servi de laboratoire pour élaborer la vulgate écologiste : une religiosité branchée, fondée sur le mythe biblique du déluge, enrobé de divers emprunts culturels, notamment bouddhistes. L’homme pécheur a succombé à la tentation industrielle et doit assumer le châtiment divin. A cause du réchauffement climatique qu’il a provoqué, les eaux bientôt recouvriront la surface de la Terre. Seul Noé l’écologiste survivra au déluge et avec lui les plantes et les animaux qu’il aura sauvés. 
 
Cette croyance s’appuie sur une cosmogonie inspirée des travaux du chimiste James Lovelock (élevé à la dignité de Commandeur de l’Empire britanique par Margaret Thatcher) : la théorie Gaïa. Le scientifique anglais s’est attaché à démontrer que la composition de l’atmosphère terrestre est régulée par les êtres qui y vivent. Sur cette base, déjà sujette à caution, les créateurs du Baca Ranch posent que la planète Terre se comporte comme un organisme vivant [Commentaire : Théorie profondément anti-scientifique, comme l'a par exemple démontré notamment Kirschner] : c’est Gaïa, la déesse-mère de la mythologie grecque. Aussi absurde qu’elle puisse paraître, cette cosmogonie s’est imposée dans l’imaginaire contemporain. Ainsi, on ne parle plus de « sauver l’humanité » de la dégradation de son milieu naturel, mais de « sauver la planète » alors même que personne ne conteste que cet astre mort a quelques milliards d’années d’existence devant lui.
 
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Photo : Selon James Lovelock, la planète Terre se comporte comme un être vivant. C’est Gaïa, la déesse mère.
[Lire :
La théorie Gaïa où la misanthropie érigée au rang de religion, voir ici]

Quoi qu’il en soit, les Anglos-Saxons parviennent à faire élire Maurice Strong à la présidence de la Fédération mondiale des associations des Nations unies (WFUNA). Cette position lui permet de mener une campagne pour que l’ONU organise un nouveau sommet de la Terre. Lorsque la décision est prise, il n’a pas de difficulté, vu son rôle à Stockholm et son passage au PNUE, à s’en voir confier le secrétariat général. Pour préparer le sommet de Rio, Maurice Strong s’adjoint d’abord un conseiller spécial, son ami Jim MacNeill qui avait été le directeur Environnement de l’OCDE, puis le rédacteur du rapport Brundtland. Comme Strong, MacNeill est membre de la Commission trilatérale que David Rockfeller a créé avec Zbignew Brzezinski. Dans ce cadre, il rédige le rapport préparatoire de la conférence, Beyond Interdependence (Au delà de l’interdépendance) [9], dont Strong rédige la préface. L’idée principale qui traverse le rapport de la Rockefeller Foundation avant la conférence de Stockholm, le rapport de la commission onusienne après celle de Nairobi et celui de la Commission trilatérale avant celle de Rio est qu’il ne faut pas opposer intérêts économiques et préoccupations environnementales en accusant les multinationales de polluer sans vergogne. Au contraire il faut unir industriels et environnementalistes, l’écologie pouvant être un business lucratif. Reste à faire avaler cette couleuvre à l’opinion publique.


Maurice Strong flatte les associations écologistes en les invitant à présenter leurs suggestions pour le sommet et en les traitant avec beaucoup d’égards. Simultanément, il accorde une place stratégique aux multinationales, nommant le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny conseiller principal pour la préparation du sommet. 

JPEG - 18.1 koPhoto : Considéré comme le plus grand pollueur à l’amiante du monde, Stephan Schmidheiny dirige le WBCSD, le plus important syndicat de multinationales « vertes ».

Schmidheiny rassemble au sein du World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) les principales multinationales craignant que le sommet ne débouche sur une mise en cause de leurs pratiques. Il leur propose de mener des actions de lobbying pour prévenir toute réglementation internationale qui entrave leurs activités et pour faire avancer la globalisation économique sous couvert d’écologie. Schmidheiny, que l’on célèbre mondialement comme un philanthrope écolo, a fait sa fortune avec la société de matériaux de construction Eternit. Mis en examen par le procureur général de Turin (Italie), Rafaelle Guariniello, il sera jugé en 2010. Il est accusé d’être le plus grand pollueur à l’amiante du monde. Il aurait sciemment contaminé ou laissé contaminer la ville de Casale où se trouvaient ses usines, provoquant la mort de 2 900 personnes et la contamination de 3 000 autres.  

Pendant que Maurice Strong et ses amis préparent la conférence, de nombreux scientifiques manifestent leur gêne devant la tournure des choses. Le journaliste français Michel Salomon réunit 3000 universitaires et 72 récipiendaires du Prix Nobel autour de l’Appel d’Heidelberg. [Commentaire : voir ici] Faisant allusion aux sanctuaires du Baca Ranch et aux théories de Gaïa, ils dénoncent « l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social ». Observant la mobilisation du WBCSD, ils affirment « l’absolue nécessité d’aider les pays pauvres à atteindre un niveau de développement durable et en harmonie avec celui du reste de la planète, de les protéger contre des nuisances provenant de nations développées et d’éviter de les enfermer dans un réseau d’obligations irréalistes qui compromettent à la fois leur indépendance et leur dignité ». Enfin, ils concluent que « les plus grands maux qui menacent notre planète sont l’ignorance et l’oppression et non pas la science, la technologie et l’industrie dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettront à l’humanité de venir à bout, par elle-même et pour elle-même, de fléaux tels que la faim et les surpopulations ». Strong et Schmidheiny recrutent alors le cabinet de relations publiques Burson-Marsteller. La spécialité de son Pdg, Harold Burson, est d’ identifier les segments de population qui peuvent être utilisés pour une cause, de les organiser en associations, puis de les utiliser pour défendre à leur insu les intérêts de ses clients [En France, des grands groupes, comme EDF, agissent de la même manière, en recourant à des marionettes médiatiques comme par exemple Nicolas Hulot. EDF finance abondament la fondation Nicolas Hulot. Jean-François Revel : "L'idéologie, c'est ce qui pense à votre place"...]. Il a par exemple créé des associations de malades pour faciliter l’accès à des médicaments fabriqués par ses clients (au lieu de militer pour l’accès aux médicaments les plus efficaces), ou encore des associations de fumeurs pour lutter contre les lois anti-tabac (au lieu de lutter pour des cigarettes non-toxiques), etc. Il va transformer le sommet de Rio en une gigantesque foire associative ce qui donnera une apparente légitimité populaire à des décisions prises en amont et en secret par un syndicat de multinationales [10]. Cette technique  de manipulation est devenue classique. Elle a été reproduite depuis pour de nombreuses conférences internationales.
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Photo : Maurice Strong inaugurant, en qualité de secrétaire général adjoint de l’ONU, l’Eglise de Scientologie de New York (25 septembre 2004).


172 délégations, comprenant une centaine de chefs d’État et de gouvernement, participent au sommet de Rio (3 au 14 juin 1992). De nombreux documents sont adoptés dans une ambiance de liesse. La Déclaration de Rio [11] énonce 27 principes, dont celui de précaution [Commentaire : un principe vraiment inquiètant] : « l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement » [12]. La Déclaration est le fruit d’une véritable négociations entre États. Elle affirme le droit des générations futures au développement durable, ce qui implique non seulement que la croissance économique ne doit pas se faire au détriment de l’environnement, mais aussi qu’elle ne doit pas perpétuer les inégalités Nord-Sud. En droit international, l’environnement devient une question de justice sociale. [Commentaire : good point]
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Pour l’application de ces principes, les États membres sont renvoyés à un autre document, Action 21 [13]. C’est un programme détaillé explicitant la relation entre développement et environnement, listant les principaux problèmes environnementaux, précisant les groupes et institutions à mobiliser, et multipliant les bonnes intentions. Mais ce second document a été vidé de ses références à des situations conflictuelles. Les États-Unis et Israël ont notamment obtenu de rayer toute mention des droits des « peuples soumis à l’oppression, la domination et l’occupation ».  Surtout, la guerre n’apparaît plus comme le facteur premier des atteintes au développement et à l’environnement. C’est le triomphe de Maurice Strong et de l’écologie bobo. Les multinationales peuvent continuer à piller la planète pourvu qu’elles restent propres dans les pays développés. Le Pentagone, qui vient de ravager une première fois l’Irak, peut continuer ses destructions sans états d’âme : elles ne comptent pas.
 
Le prétexte climatique 3/3
1997-2010 : L’écologie financière

par Thierry Meyssan*

Après avoir servi à Henry Kissinger et à Margaret Thatcher, la rhétorique environnementale a été récupérée par Al Gore. Il ne s’agit plus de détourner l’attention des guerres de l’Empire US, ni de restaurer la grandeur de l’Empire britannique, mais de sauver le capitalisme anglo-saxon. Dans ce troisième et dernier volet de son étude sur le discours écologiste, Thierry Meyssan analyse la dramaturgie préparatoire du sommet de la Terre de 2012 et la rébellion de Cochabamba.

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Photo : Dans son film « 2012 », Roland Emmerich met en scène l’effondrement de la croute terrestre sous les eaux et le sauvetage des capitalistes les plus riches grâce à deux arches de Noé modernes, tandis que le reste de l’humanité périt sous les flots.



Le Protocole de Kyoto

On se souvient qu’en 1988 Margaret Thatcher avait incité le G7 à financer un Groupe inter-gouvernemental d’étude sur l’évolution du climat (GIEC) sous les auspices du PNUE et de l’Organisation météorologique mondiale.
Dans son premier rapport, en 1990, le GIEC considérait comme « peu probable » une augmentation sans ambiguïté de l’effet de serre « dans les prochaines décennies ou plus ». En 1995, un second rapport de cet organe politique reprend à son compte l’idéologie du sommet de Rio et « suggère une influence détectable de l’activité humaine sur le climat planétaire » [1].

Suivent à une cadence annuelle des conférences onusiennes sur le changement climatique. Celle de Kyoto (Japon), en décembre 1997, élabore un Protocole par lequel les Etats signataires s’engagent volontairement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ; principalement le dioxyde de carbone (CO2), mais aussi cinq autre gaz : le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), l’hexafluorure de soufre (SF6), les fluorocarbures (FC) et les hydroclorofluocarbures. Même pour les Etats qui ne croient pas à une influence significative de l’activité humaine sur le climat, ce Protocle est une bonne chose en ce qu’il incite à un meilleur usage des ressources énergétiques non-renouvelables. Cependant, il parait bien difficile aux Etats en développement de moderniser leurs industries pour qu’elles soient moins consommatrices d’énergie et moins polluantes. Prenant acte que ces Etats, n’ayant qu’une industrie embryonnaire, dégagent peu de gaz à effet de serre alors qu’ils ont besoin d’aide financière pour se doter d’industries économes et propres, le Protocole institue un Fonds d’adaptation géré par la Banque mondiale et un système de permis négociables. Chaque Etat reçoit des permis de dégagement de gaz à effet de serre qu’il répartit entre ses industries. Les Etats en développement, qui n’utilisent pas la totalité de leurs permis, peuvent les revendre aux Etats développés qui polluent plus qu’autorisé. Avec le produit de la revente, ils peuvent financer leur adaptation industrielle. 
Photo : Le sommet de la Terre à Rio de Janeiro : l’écologie est un besoin, l’écologie est un marché.
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Photo : Le président Bill Clinton (ici avec le vice-président Gore) a signé en grande pompe le Protocole de Kyoto, mais a discrètement donné instruction aux parlementaires démocrates pour qu’il ne soit pas ratifié par les Etats-Unis.
L’idée semble vertueuse, mais le diable se cache dans les détails : la création d’un marché des permis négociables ouvre la voie à une financiarisation supplémentaire de l’économie et, partant de là, à de nouvelles possibilités pour poursuivre le pillage des pays pauvres . En toute hypocrisie, Bill Clinton signe le Protocole de Kyoto, mais donne instruction à ses parlementaires de ne pas le ratifier. Le Sénat US le rejette à l’unanimité. Pendant la période de ratification du Protocole, les Etats-Unis s’appliquent à organiser le marché des permis négociables, alors même qu’ils n’ont l’intention de se soumettre aux exigences communes que le plus tard possible. Des études préparatoires sont subventionnées par une association charitable, la Joyce Foundation. Elles sont dirigées par Richard L. Sandor, un économiste républicain qui a mené une double carrière de trader (Kidder Peabody, IndoSuez, Drexel Burnham Lambert) et d’universitaire (Berkeley, Stanford, Northwestern, Columbia).
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Photo : Alors inconnu du grand public, le juriste Barack Obama a rédigé les statuts de la Bourse mondiale des droits d’émission de gaz à effet de serre.
En définitive, une holding —la Climate Exchange— est créée sous la forme d’une société de droit britannique de type Public Limited Company (c’est-à-dire que ses parts ont été vendues lors d’un appel public et que la responsabilité de ses actionnaires est limitée aux apports). Ses statuts sont rédigés par un administrateur de la Joyce Foundation, un juriste alors totalement inconnu du grand public, Barack Obama. L’appel public aux investisseurs est lancé par l’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, et par David Blood (ancien directeur de la banque Goldman Sachs). A l’issue de l’opération, Gore et Blood créent à Londres un fonds de placement écologique, Generation Investment Management (GIM). A cet effet, ils s’associent à Peter Harris (ancien directeur de cabinet d’Al Gore), Mark Ferguson et Peter Knight (deux anciens adjoints de Blood à Goldman Sachs) et enfin à Henry Paulson (alors directeur général de Goldman Sachs, mais qui se retirera lorsqu’il deviendra le secrétaire au Trésor de l’administration Bush). La Climate Exchange Plc ouvre des Bourses à Chicago (États-Unis) et à Londres (Royaume-Uni), ainsi que des filiales à Montréal (Canada), Tianjin (Chine) et Sydney (Australie). En cumulant les actions bloquées lors de la création de la holding et celles qu’il a acquises après l’appel public, Richard Sandor détient près du cinquième des actions. Le reste est principalement partagé entre de méga fonds spéculatifs : Invesco, BlackRock, Intercontinental Exchange (dont Sandor est également administrateur), General Investment Management et DWP Bank. La capitalisation boursière est aujourd’hui de plus de 400 millions de livres sterling. Les dividendes versés aux actionnaires au cours de l’année 2008 s’élèvent à 6,3 millions de livres.

Naïvement, les membres de l’Union européenne sont les premiers à adhérer à la théorie de l’origine humaine du réchauffement climatique et à ratifier le Protocole. Mais pour qu’il entre en vigueur, ils ont besoin de la Russie. Celle-ci n’a rien à craindre dans la mesure où le plafond d’émission qui lui est fixé n’est pas contraignant vu son recul industriel après la dissolution de l’URSS. Elle se fait pourtant tirer l’oreille, question d’exiger en échange le soutien de l’Union européenne pour son adhésion à l’Organisation mondiale du Commerce. En définitive, le Protocole entre en vigueur en 2005.

2002 : le quatrième « sommet de la Terre » à Johannesburg et le rappel des priorités par Jacques Chirac

Le sommet décennal de Johannesbourg (Afrique du Sud) n’intéresse pas plus les Etats-Unis que celui de Nairobi. Leur agenda du moment est exclusivement orienté vers la guerre globale au terrorisme. Les questions environnementales devront attendre. George W. Bush ne fait pas le déplacement et envoie le secrétaire d’Etat Colin Powell prononcer un bref discours, tandis que l’équipage impatient de son avion fait tourner les moteurs. La conférence abandonne le style kermesse internationale de Rio et se concentre sur des sujets précis : l’accès à l’eau et à la santé, l’épuisement à venir et le prix des énergies non-renouvelables, l’écologie de l’agriculture, la diversité des espèces animales. Le climat n’est qu’une questions parmi beaucoup d’autres.
 
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A Johannesburg, Jacques Chirac plaide pour un changement de priorités : l’urgence n’est pas la traque de Ben Laden, mais le développement propre. [Commentaire : very good point]
Le sommet devient soudain le théâtre d’un affrontement lorsque le président français Jacques Chirac s’exclame : « Notre maison brûle [Commentaire : image catastrophiste, à la sauce Hulot, inutile] et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents » [2]. Son discours sonne comme un réquisitoire contre les Etats-Unis. Non, la traque d’Oussama Ben Laden n’est pas la priorité, c’est le développement des pays pauvres et l’accès de tous aux biens essentiels. Furieux, les hauts-fonctionnaires de la délégation US sabotent les négociations. Alors que l’administration Bush est en train d’installer le centre de torture de Guantánamo et des prisons secrètes dans 66 pays, elle s’érige en donneuse de leçon et conditionne tout engagement de sa part à des concessions des Etats du Sud en matière de droits de l’homme et de lutte contre le terrorisme. Aucun document final d’envergure n’est adopté.

Copenhague, en attendant le sommet de la Terre de 2012
C’est en 2012 que devrait se tenir le cinquième sommet de la Terre et la révision du Protocole de Kyoto. Cependant Washington et Londres ont décidé d’ériger la XVe conférence sur les changements climatiques en un grand rendez-vous intermédiaire. C’est que la nouvelle politique anglo-saxonne entend utiliser le réchauffement climatique pour faire avancer ses deux objectifs majeurs : sauver le capitalisme [Commentaire : il s'agit d'utiliser la force du marché pour contruire une clean energy economy. Je trouve cette dynamique très positive, à condition que cette dynamique permette en priorité le développement des pays du sud] et s’approprier la capacité de l’ONU à écrire le droit international.
Force est de constater que l’économie US est en panne et ne parvient pas à sortir de sa crise interne. Les Etats-uniens ne produisent plus grand chose, hormis des armes, tandis que les biens qu’ils consomment sont fabriqués par une Chine toujours plus prospère. La solution principale réside dans une mue du capitalisme. Le temps est venu de relancer la spéculation en l’orientant vers les permis de polluer négociables, de relancer la consommation avec les produits écolos [Commentaire : c'est une très bonne idée], et de relancer le travail avec les emplois verts [Commentaire : c'est également une très bonne idée]  [3]. D’autre part, la globalisation forcée rencontrant de plus en plus de résistances, il convient de la faire accepter en la présentant d’une autre manière. On dira que les questions environnementales nécessitent une gouvernance globale, et que les Etats-Unis doivent en prendre le leadership. [Commentaire : analyse intéressante de T. Meyssan] Pour cela, il faut d’abord démontrer l’inefficacité de l’ONU en la matière.].  

La conférence de Copenhague a été précédée d’une longue et puissante campagne de propagande. A commencer par le film d’Al Gore, An Inconvenient Truth, présenté au Festival de Cannes 2006, et qui lui vaut le Prix Nobel de la paix 2007. L’ex-vice-président des Etats-Unis, dont on a oublié le double jeu à propos du Protocole de Kyoto, se présente comme un militant convaincu. Pour défendre sa noble cause, il lui consacrerait bénévolement son temps libre. En réalité, il a réalisé ce documentaire et entrepris une tournée promotionnelle en qualité de conseiller rémunéré de la Couronne britannique, véritable commanditaire de l’opération.[Commentaire : J'ignorais cela...] Al Gore est un spécialiste des manipulations de masse. C’est lui qui avait organisé, à la fin du XXe siècle la grande angoisse millénariste du « boge de l’an 2000 ». Il avait alors suscité la création d’un groupe d’experts de l’ONU, l’IY2KCC — en tous points comparable au GIEC—, pour donner l’apparence d’un consensus scientifique autour d’un problème mineur monté en épingle [4]. Au film d’Al Gore s’ajoutent divers documentaires et fictions. Ainsi, le film Home du photographe français Yann Arthus-Bertrand, est diffusé mondialement par le PNUE, le 5 juin 2009. Ou encore, le film hollywoodien de l’Allemand Roland Emmerich, 2012, dans lequel il met en scène l’effondrement de la croute terrestre sous les eaux et le sauvetage des capitalistes les plus riches grâce à deux arches de Noé modernes, tandis que les pauvres sont engloutis par les flots.

En apparence la conférence de Copenhague devait régler la question des gaz à effet de serre en déterminant des plafonds d’émission et des aides aux pays en développement. En réalité, Londres et Washington entendaient pousser les Européens à abaisser eux-même les plafonds fixés par le Protocole de Kyoto —pour augmenter le volume des permis négociables et donc la spéculation boursière— et faire échouer la conférence pour préparer l’opinion publique mondiale à une solution hors ONU. Très à l’aise au milieu de cette mascarade, le président russe Dmitry Medvedev a préparé un bluff qui peut rapporter gros à son pays. Il a décidé d’enchérir en prenant un engagement spontané radical. Il annonce aux Européens de l’Ouest que Moscou s’aligne sur leurs exigences et réduira ses émissions de gaz à effet de serre de 20 à 25 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Qui dit mieux ? Personne ! Sauf que les émanations russes ayant baissé de 34 % entre 1990 et 2007 du fait de l’effondrement industriel de l’ère Eltsine, le prétendu engagement à la baisse du Kremlin lui laisse la possibilité d’une hausse de 9 à 14 % ! [Commentaire : cet "engagement russe" m'a beaucoup fait rire]
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Photo : L’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, devenu conseiller spécial de la Couronne d’Angleterre, a obtenu le Prix Nobel de la Paix pour son film de propagande « An Inconvenient Truth » [Commentaire : je pense que ce film a été utile pour faire prendre conscience du risque climatique, qu'Al Gore est un orateur talentueux, mais que ce film met trop l'accent sur les problèmes, en les exagèrant, et bien trop peu sur les solutions]
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JPEG - 13.2 koPhoto : Violant les règles des Nations Unies, Nicolas Sarkozy prétexte de l’urgence climatique pour constituer un directoire chargé de rédiger la déclaration finale de la conférence de Copenhague en lieu et place de l’Assemblée générale.
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Sans surprise, les Anglo-Saxons font avancer leurs pions en s’appuyant sur le président français Nicolas Sarkozy, trop content de se voir confier le rôle de deus ex machina [Commentaire : mort de rire :-) ]. Arrivant en cours de séance, il dénonce le manque de volontarisme de ses homologues et convoque une réunion impromptue de quelques chefs d’Etat et de gouvernement [5]. Sans traducteurs, assis sur des chaises inconfortables, quelques grands de ce monde se prêtèrent au jeu. Sur un coin de table en formica, ils griffonnent de bonnes intentions qui sont présentées comme une panacée. La « planète » est sauvée, chacun peut rentrer chez lui. En réalité, cette mise en scène vise uniquement à préparer l’opinion publique mondiale aux décisions qu’il faudra imposer au « sommet de la Terre » de 2012.

Déboulant comme un chien dans un jeu de quilles, le président vénézuélien Hugo Chávez remet en cause la problématique du sommet sans pour autant décourager les associations écologistes qui manifestent devant le centre de conférence [Commentaire : j'ai aimé cette intervention de Chavez, voir ici et ]. Il stigmatise la cuisine sarkozyenne qui consiste à rédiger une déclaration finale entre Etats autoproclamés « responsables », puis à l’imposer à la communauté internationale. [Commentaire : L'attitude de Sarkozy est une attitude minable, de néo-colonialiste à la sauce Guaino, voir ici] Il dénonce une mascarade qui permet à un capitalisme sans conscience d’occulter ses responsabilités et de se refaire une virginité [6]. Il reprend à son compte un slogan scandé par des manifestants à l’extérieur du centre de conférence : « Ne changez pas le climat, changez le système ! »

Cochabamba, l’anti-Copenhague
[Commentaire : Lire BOLIVIE, climat - Les deux faces du forum de Cochabamba

http://www.electron-economy.org/article-bolivie-les-deux-faces-du-forum-climatique-de-cochabamba-48971043-comments.html ]

Son homologue bolivien Evo Morales tire des conclusions du sommet de Copenhague. Il est clair pour lui que les grandes puissances jouent avec l’environnement. Sur ce sujet, comme sur bien d’autres, elles entendent faire leurs affaires entre elles au détriment du tiers-monde. Toutefois, la présence d’une foule de militants associatifs maintenus à l’extérieur du centre de conférence laisse espérer une volonté planétaire bien différente.

Le président Morales convoque alors une « Conférence mondiale des Peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère » [Commentaire : L'idéologie de la Pachamama, de la "Terre-mère", à la même essence que celle de Gaïa dont T. Meyssan parle un peu plus haut dans ce texte]. Elle se tient quatre mois plus tard à Cochabamba (Bolivie). Dépassant toutes les prévisions, plus de 30 000 personnes y participent et 48 gouvernements s’y font représenter. Son ambiance rappelle à la fois le sommet de la Terre de Rio et les forums sociaux mondiaux. Mais ce qui est en jeu est différent. A Rio, le cabinet de relations publiques Burson-Marsteller avait valorisé des associations pour légitimer des décisions prises à huis clos. A Cochabamba, c’est l’inverse : les associations qui ont été exclues du centre de conférence de Copenhague sont devenues les décideurs [Commentaire : c'est vrai, c'est un point positif de Cochabamaba. Mais la pollution de l'idéologie Gaïa/Pachama et néo-marxiste gâche tout]. La comparaison avec les forums sociaux ne fonctionne pas non plus : ceux-ci entendent contester le Forum économique de Davos et se sont exilés à l’autre bout du monde pour éviter les affrontements que l’on avait connu en Suisse. Cette fois, c’est l’ONU que l’on conteste. Evo Morales a pris acte du fiasco de Copenhague et de la volonté des grandes puissances de passer outre les Assemblées générales. Il s’appuie sur la société civile contre les gouvernements occidentaux. Evo Morales et son ministre des Affaires étrangères David Choquehuanca abordent les questions environnementales à partir de leur culture d’indiens aymaras [7] [Commentaire : une culture éco-centrique d'un autre âge]. Alors que les Occidentaux discutent de savoir de combien il faudrait limiter les émissions de gaz à effet de serre pour ne plus perturber le climat, ils affirment que l’on ne peut pas continuer de telles émissions lorsqu’on les pense dangereuses, que cela soit vrai ou faux. Rompant avec la logique dominante, ils rejettent le principe des permis négociables. Pour eux, on ne saurait permettre, et encore moins vendre, ce que l’on pense désastreux. A partir de quoi, ils plaident pour un changement complet de paradigme [Il ne s'agit pas d'un changement mais d'une régression vers l'économie planifiée]. Les Etats développés, leurs armées et leurs entreprises multinationales, ont blessé la Terre nourricière, mettant en péril l’ensemble de l’humanité [Commentaire : Vision simpliste et idéologique], alors que les peuples autochtones ont fait la preuve de leur capacité à préserver la Terre Mère [Commentaire : c'est faux, les "peuples autochtones" modifient aussi l'environnement (Exemple : Ile de Pâques], comme tous les hommes; vivre c'est transformer. La seule différence avec l'homme moderne, c'est qu'ils vivent dans une grande pauvreté (santé, alimentation, éducation etc.). Thierry Meyssan ne peut pas d'un coté critiquer l'idoléogie  éco-centrique (Gaïa) de James Lovelock et Maurice Strong, et un peu après en faire l'éloge via Pachamama !]. La solution est donc politique : la gestion des grands espaces doit être restituée aux peuples autochtones, tandis que les multinationales doivent répondre des dégâts qu’elles ont commis devant un tribunal international. 
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Photo : La conférence de Cochabamba affirme la capacité des peuples autochtones à réussir là où les Occidentaux ont échoué.

La conférence des Peuples appelle à l’organisation d’un référendum mondial pour instituer une Justice climatique et environnementale, et pour abolir le système capitaliste. [Le projet d'abolir l'économie de marché est parfaitement absurde. Nous savons que toutes les expérimentations de l'économie planifiée menées dans le monde ont mené à une régression massive des droits de l'homme et de l'épanouissement humain] Selon une méthode déjà appliquée à de nombreux sommets internationaux échappant au contrôle des Anglo-Saxons, une campagne médiatique est immédiatement lancée par Washington pour en étouffer le message. Une polémique se développe sur des propos déformés du président Morales [8]. [Commentaire : Evo Morales a bel et bien tenu des propos ignobles à propos des homosexuels, en indiquant que le poulet aux hormones rend chauve et homosexuel (voir ici). L'anti-américainisme primaire de Thierry Meyssan l'amène ici à être très incohérent. C'est dommage, car le reste de son texte comporte des éléments intéressants. Ce n'est pas parcequ'Eco Morales critique les USA que tout ce que dit Morales est parole d'Evangile !]  Quoi qu’il en soit, l’idéologie occidentale verte ne fait plus l’unanimité [Commentaire : au contraire, le concept de croissance verte durable est de plus en plus considéré dans le monde comme une clé dans la perspective d'un développement humain compatible avec la préservation environnementale].


L’arbre qui cache la forêt
Durant les 40 années de discussions à l’ONU sur l’environnement, les choses ne se sont pas améliorées, bien au contraire. Mais un incroyable tour de passe-passe a été réalisé : la responsabilité des Etats a été oubliée, celle des multinationales à été occultée, tandis que celle des individus a été stigmatisée. L’arbre cache la forêt. [Commentaire, oui, et c'est un point essentiel]
 
Dans les sommets internationaux, personne ne tente d’évaluer le coût énergétique des guerres en Afghanistan et en Irak, incluant le pont aérien quotidien permettant de transporter la logistique des Etats-Unis au champ de bataille, y compris la ration du soldat.
Personne ne mesure les surfaces habitables contaminées par les munitions à uranium appauvri, des Balkans à la Somalie, en passant par le Grand Moyen-Orient.
Personne n’évoque les surfaces agricoles détruites par les fumigations dans le cadre de la guerre aux drogues, en Amérique latine ou en Asie centrale ; ni celles stérilisées par les épandages d’agent orange, de la jungle vietnamienne aux palmeraies irakiennes.


Jusqu’à la conférence de Cochabamba, la conscience collective a oublié l’évidence que les principales atteintes à l’environnement ne sont pas la conséquence de modes de vie particuliers, ni de l’industrie civile, mais des guerres entreprises pour permettre aux multinationales d’exploiter les ressources naturelles, et de l’exploitation sans scrupule de ces ressources par ces multinationales pour alimenter les armées impériales. Ce qui nous ramène à notre point de départ, lorsque U Thant proclamait le « jour de la Terre » pour protester contre la guerre du Vietnam. 

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BILAN
Cette analyse de Thierry Meyssan contient des points à mon avis très intéressants.
Points négatifs :
 -  Le passage sur  Cochabamba est à mon avis très partiel : l'auteur parle des dérives liées à la théorie Gaïa dans la deuxième partie du dossier, quand il parle de Maurice Strong, mais omet de faire le lien entre Gaïa et Pachamama dans la troisième partie.
- L'auteur semble considèrer que le risque climatique est faible voir inexistant. Or même s'il n'y a rien de certain, les pires scénarii décrits par le GIEC sont du domaine du possible. Ce n'est pas parceque la thématique climatique est utilisée par certains comme prétexte (manipulation pour des raisons géolpolitiques etc.) que le problème climatique n'existe pas.

- L'auteur, même s'il apporte des témoignages croustillants, sombre dans un anti-américanisme vraiment primaire. Cela l'amène à appliquer sa théorie du complot sur tous les sujets et de plus à défendre Evo Morales sur tous les plans, y compris quand ce dernier tient des propos ignobles à propos des homosexuels.
Point positif :
L'essentiel, à mon avis, est là : il identifie clairement la stratégie écoeurante des grandes groupes industriels dans le domaine environnemental, stratégie d'évitement de la responsabilité par incitation à l'auto-culpabilisation des citoyens. "C'est pas nous, c'est vous". J'avais parlé de cette stratégie
ici en octobre 2009.
  


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Lire aussi :
ECOLOGIE - L'impasse de la méthode morbido-culpabilisante
http://www.electron-economy.org/article-ecologie---l-impasse-de-la-methode-cupabilisante-37185282.html

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