Objectif Terre  | Au Nom de la Déesse-Mère

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Le blog-notes d'Olivier Daniélo | La crise écologique est une crise de filiation | 2007-2017: 3.811.774 pages vues | Vous cherchez un article ? RDV sur google.fr: écrire ses mots clés suivis de l'opérateur site:electric-ecosystem.com | @ElectricEcosyst | Contact: olivierdanielo (at) gmail.com | Bio: https://sites.google.com/site/olivierdanielo/

Synthèse

Le présent dossier à été publié sur le site de L'Expansion.com, La Chaîne énergie (voir ici)

 



Le GIEC ou comment optimiser quelques degrés de confiance

 

De l'Inde aux USA en passant par le Royaume-Uni, les médias du monde entier sont en ébullition suite aux révélations en cascade de problèmes dans le 4ème rapport (« AR4 ») du GIEC, le panel des experts du climat mandatés par l’ONU. Plusieurs types de problèmes ont été soulevés : données fausses, introduction de biais et déformation du contenu d’études citées, manque de fiabilité des références, comportement du président du GIEC Rajendra Pachauri, et enfin tribalisme climatique (affaire du climategate). Quelles leçons tirer des nombreux problèmes qui ont émergé ces dernières semaines ? Comment transformer cette crise de confiance  en une opportunité pour que les rapports du GIEC deviennent plus solides ?

 

1 – De scandales en scandales

- Problèmes liés à des données fausses -

 

Niveau de la mer Dans l‘AR4 on peut lire : “Les Pays-Bas est un exemple de pays très vulnérable à la montée du niveau marin parce que 55% de son territoire est situé au dessous du niveau de la mer, et c’est là que vit 60% de la population, correspondant à 65% du produit national brut” [IPCC]. Or ce n’est pas 55% mais 26% du pays qui est situé en dessous de la mer. La Ministre de l’environnement Jacqueline Cramer a exigé que le GIEC donne des explications et a décidé de lancer une enquête pour vérifier le contenu du rapport AR4. La Ministre a indiqué : « cela ne m’amuse pas de devoir corriger ces erreurs. Elles ne doivent pas se reproduire ». [Radio Netherlands / AFP]

Production agricole en Afrique du nord
L’AR4 indique que la production agricole d’Afrique du nord pourraît chuter de 50% entre 2000 et 2020. On retrouve également cette affirmation dans le résumé pour les décideurs. Or elle n’a strictement aucun fondement scientifique,  comme l’a confirmé par exemple le climatologue Chris Field [IPCC /The Sunday Times]. Cette  erreur a malheureusement été répètéé à l'occasion de discours publics par le secrétaire général de l'ONU Ban-Ki Moon ainsi que par le président du GIEC Rajendra Pachauri, ce qui a pu  induire en erreur leur auditoire. 

 

Glaciers himalayens – Dans l’AR4 il est écrit : "Les glaciers himalayens régressent plus rapidement que dans n'importe quelle autre région du monde, et si cette cadence se poursuit, la probabilité qu'ils aient disparu en 2035, et peut être avant, est très élevée. La surface totale de ces glaciers va vraisemblablement passer de 500 000 km2 aujourd'hui à 100 000 km2 en 2035" [IPPC]. Il y a ici deux erreurs majeures :
- En premier lieu, la date de 2035 ne repose sur aucune donnée scientifique. Le GIEC a d'ailleurs publié un communiqué le confirmant.  Mais ce qui est le plus étrange, c'est que le glaciologue autrichien Georg Kaser a témoigné à l’AFP qu’il avait signalé l’erreur aux responsables du GIEC dès 2006, soit avant la publication de l'AR4. "Pour une raison que j'ignore, ils n'ont pas réagi" a-t-il déclaré [AFP]. Plusieurs climatologues indiens et des experts gouvernementaux avaient également signalé l'erreur. 

- En second lieu, la surface actuelle des glaciers himalayens est de 33 000 km2, et non de 500 000 km2. Pour certains analystes qui suivent les activités du GIEC, ces deux erreurs sont délibérées et de nature politique, avec comme objectif de faire pression sur les dirigeants de la Chine et de l'Inde en leur faisant croire que les grands fleuves asiatiques pourraient ne plus être alimentés en eau douce avant 2035; ceci afin de les pousser à réduire leurs émissions de CO2  et de réduire d'autant leur croissance économique [The Daily Mail]. Une étude du glaciologue indien Vijay Kumar Raina publiée récemment dans la revue Science indique que « jusqu'à présent, il n'y pas de signe que l'Himalaya est en train de fondre" [Science]. 

 

Nucléaire – Dans l’AR4, on peut lire que le kWh nucléaire est meilleur marché que le kWh issu des centrales à charbon, ce qui est faux. Le Telegraph s’étonne par ailleurs de constater que l’AR4 se base en grande partie sur les données du site internet  d’une association de promotion du nucléaire alors que des études scientifiques indépendantes sont disponibles au sujet du bilan du nucléaire [IPCC / The Telegraph]. Selon le Telegraph, l'AR4 contiendrait également des erreurs à propos de la partie concernant les énergies marines. 

 

- Problèmes liés à l’introduction de biais et à la déformation du contenu d’études citées -

 

Réchauffement et eau douce – Le Wall Street Journal constate que l’AR4 mentionne les impacts négatifs potentiels du réchauffement sur la ressource eau douce, mais pas les impacts positifs potentiels, qui sont pourtant tout sauf négligeables [Wall Street Journal].

 

Réchauffement et coût des catastrophes climatiques - L'AR4 indique qu'une étude aurait établi un lien entre réchauffement et coût des catastrophes climatiques naturelles. Or aucune étude scientifique au monde n'a démontré un tel lien. Les scientifiques mentionnés dans cette partie du rapport, dont Roger Pielke Jr de l'université du Colorado, ont vivement protesté. Le spécialiste des ouragans Chris Landsea, également cité dans cette partie de l'AR4, a quant à lui démissionné du GIEC car il estimait que le GIEC était devenu très politisé, ce qui est incompatible avec le déroulement normal de la science [Electron Economy].

 

- Problèmes liés à la fiabilité des références -      

 

Glaciers africains, andins et alpins - Concernant l'impact supposé du réchauffement sur une partie des glaciers d’Afrique, des Andes et des Alpes, l'AR4 a comme référence un papier rédigé par des étudiants suisses en maîtrise de géographie, ainsi qu'un magazine pour passionnés d'alpinisme. [The Telegraph]
 

Connivences avec le WWF et Greenpeace - En réalité ce sont 14 papiers du WWF non peer-reviewed qui sont cités dans l'AR4; le WWF est une organisation écologiste et publie ses dossiers dans une optique écolo-politique. La partie de l’AR4 concernant la vulnérabilité supposée de la forêt amazonienne au réchauffement se base par exemple sur un papier du WWF, alors que des études scientifiques peer reviewed sont disponibles sur le sujet, le papier du WWF cité dans l'AR4 en fait d'ailleurs référence. De nombreux analystes, ainsi que les scientifiques concernés se demandent pourquoi le GIEC a préféré mentionner les papiers du WWF plutôt que de se référer directement aux documents scientifiques. En ce qui concerne le lien entre réchauffement et état des récifs coraliens, l'AR4 se base sur une étude de Greenpeace, une autre organisation écologiste [The National Post, Canada]. Andrew Revkin, journaliste du New York Times,  a  fait récemment échos de l'analyse d'Andrew Lacis, un climatologue du GISS-NASA qui a donné de son temps pour relire certains chapitres de l'AR4  et qui avait estimé que le résumé destiné aux décideurs ressemble à un papier dont le contenu a été "assemblé par des activistes de Greenpeace et du département juridique de l'ONG" et conçu "avec comme seul objectif d'ennuyer les scientifiques sceptiques" [The NewYork Times]. Les responsables du GIEC avaient répondu sèchement à Andrew Lacis que toute la littérature mentionnée par le GIEC est peer-reviewed. C'est très bien qu'il y ait des relecteurs des rapports du GIEC, mais si les commentaires envoyés par les relecteurs sont traités de la sorte, cela ne sert strictement à rien.

 

Etudes scientifiques chinoises - Des climatologues estiment anormal que les études scientifiques chinoises soient si peu citées dans les rapports du GIEC (The China Daily / The Guardian) .

 

 

- Problèmes liés à la présidence du GIEC et au traitement des commentaires -        

 

"Science vaudou" - Des climatologues indiens ont écrit en 2006, avant la publication de l’AR4, aux responsables du GIEC à propos des grossières erreurs concernant les glaciers himalayens. Rajendra Pachauri a alors répondu à ces scientifiques que leur critiques relevaient de la « science vaudou ». Ces propos ont naturellement été perçus comme très méprisants par le gouvernement indien.  Le ministre de l'environnement de l'Inde a annoncé il y a quelques jours la création d’un GIEC indien. Il a déclaré : "La ligne est fine entre science climatique et évangélisme climatique. Je suis pour la science climatique (...) L'Inde est un très grand pays, et ne peut pas dépendre uniquement du GIEC donc nous avons lancé le INCCA (Indian Comprehensive Climate Change Assessment) " [The Telegraph]. John Sauven, directeur de Greenpeace Royaume-Uni a déclaré : "Si nous avons une nouvelle personne avec un esprit ouvert [à la place de Rajendra Pachauri ndlr], prêt à revoir fondamentalement la façon dont le GIEC travaille, alors la confiance envers le GIEC reviendra " [The Guardian]. 

- L’affaire du climategate -

Le Guardian a mené depuis décembre une véritable enquête au sujet du contenu d'emails qui ont fuité du serveur de l'université d'East Anglia, université britannique localisée à Norwich et qui héberge l'un des principaux centres de recherche climatique du monde [Le dossier est disponible ici : The Guardian]. Nul ne sait comment ces mails ont été rendus publics. Une première hypothèse consiste en un hacking organisé par un groupe ayant de puissants moyens. D’autres analystes ont émis l’hypothèse que les mails ont été rendus publics par des scientifiques de l’université d’East Anglia, scientifiques qui auraient voulu, juste avant le sommet de Copenhague, alerter l’opinion publique concernant les manipulation de données auxquelles se serait livré Phil Jones, le directeur de ce centre de recherche. Les autorités britanniques ont confirmé que ce centre de recherche public, en refusant de communiquer les données brutes relatives aux températures, avait violé la loi [
BBC News
]. Le journaliste Fred Pearce affirme que les données provenant de Chine auraient (à confirmer) été manipulées. [The Guardian] 

Dès le début de cette affaire, Judith Curry, spécialiste du changement climatique, avait déclaré
"J'espère que l'affaire du CRU d'East Anglia changera l'approche des scientifiques concernant la manière dont ils présentent leurs données au public et dont ils réagissent aux critiques formulées à propos de leur travail. A mon avis, il y a deux questions importantes qui sont soulevées par ces mails qui entravent la crédibilité des sciences climatiques auprès de l'opinion publique :

- manque de transparence (transparency) concernant les données climatiques [refus de communiquer les données brutes]

- comportement "tribal" (climate tribalism), visant à empêcher le déroulement  normal d'évaluation par les pairs des publications scientifiques"

[The New York Times]

 

Au tout début de l’affaire du Climategate, Georg Monbiot, écologiste et journaliste du Guardian, journal de gauche, s’inquiètait que les écologistes « sombrent dans le déni » [The Guardian]. Depuis, un nombre croissant de journalistes et d’écologistes a pris conscience de l'ampleur du problème. En France, l’écologiste et journaliste Denis Delbeck salue le remarquable travail mené par le Guardian, travail qu’il qualifie de « salutaire»  [Effet de Terre.fr]. 

  
 

2 – Comment sortir de l’impasse ?

 
Cette crise constitue-t-elle une opportunité pour réformer en profondeur le GIEC ?


- "L'impact du réchauffement a été exagéré par certains scientifiques" -
 

Mike Hulme, professeur de changement climatique à l'université d'East Anglia souligne que « bien souvent quand nous croyons argumenter scientifiquement à propos des preuves du changement climatique, nous sommes en fait en désaccord à propos de choix politiques, de principes éthiques ou de système d'appréciation ». Il semble donc fondamental de séparer clairement le débat scientifique et le débat politico-citoyen, ce qui ne signifie pas que le débat citoyen ne puisse pas se nourrir de données scientifiques, bien au contraire. D’ailleurs, dans les principes fondateurs du GIEC, il est mentionné clairement que la mission du GIEC n’est pas de prescrire telle ou telle politique environnementale ou énergétique [IPCC].

 

 Xie Zhenhua, représentant du gouvernement chinois, a déclaré qu’il fallait que le GIEC adopte une attitude plus ouverte; selon lui, « toutes les vues scientifiques doivent pouvoir s’exprimer ». Pour John Beddington, conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, "l'impact du réchauffement a été exagéré par certains scientifiques et il y a un besoin urgent de positions plus honnêtes à propos des incertitudes concernant le taux du changement climatique (...) Nous avons un problème de communication à propos des incertitudes. Il y a véritablement un problème à ce sujet (...) » [The Sunday Times].

- Le climat : une histoire de sensibilité -

En effet, comme fait bien de le rappeller John Beddington, les incertitudes sont nombreuses. Si le réchauffement induit  par  un doublement de la concentration en CO2 est estimé assez correctement (1,2°C selon le GIEC), ceci sur la base de lois physiques solides, ce réchauffement d’1,2°C conduit lui-même à des changements au niveau du système climatique, que l’on appelle rétro-actions. Or les incertitudes concernant ces rétroactions sont très importantes, et c’est ce que soulignent les scientifiques qui étaient jusqu’à présent ostracisés et parfois mêmes traités publiquement de « négationnistes », ceci alors que la science ne peut progresser que par confrontation des idées et des théories.  Certains scientifiques estiment que la sensibilité climatique (climate sensitivity) n’est que de 0,5°C, c’est le cas par exemple du climatologue Richard Lindzen du MIT (la sensibilité climatique est précisément le réchauffement induit par un doublement de la concentration en CO2, ceci en tenant compte des rétro-actions comme la vapeur d’eau, les nuages et l'albedo, une fois le système climatique parvenu à l'équilibre). D’autres climatologues n’excluent pas que la sensibilité climatique puisse être supérieure à 10°C…Ce qui est très différent ! Le GIEC estime que l’hypothèse la plus probable est une sensibilité climatique de 3°C ( 3°C +/- 1,5°C) mais ceci est contesté par de nombreux scientifiques, il n’y a pas de consensus à ce sujet.
Comme le souligne le scientifique David King, directeur de recherche à Cambridge, professeur à l'université d'Oxford et ex-conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique sous Tony Blair mais aussi sous Gordon Brown :  "En faisant face à la demande de la population qui veut savoir ce que dit la science, le GIEC a été élaboré comme un moyen pour trouver un consensus. Personnellement, j'ai toujours estimé que cette recherche du consensus est contraire à l'esprit de la science" [The Telegraph].

 

Aucun scientifique au monde ne remet en cause le fait que le CO2 est un gaz à effet de serre et qu'émettre du COdans l'atmosphère conduit à un forçage radiatif positif. Et aucun scientifique au monde ne sait avec certitude dans quelle proportion les gaz à effet de serre anthropiques ont contribué au réchauffement observé depuis un siècle. On est certain que la concentration en CO2 atmosphérique a augmenté et que c'est l'homme qui en est le responsable, on a mesuré une augmentation de la température moyenne globale, mais l'adage suivant reste de rigueur : "correlation does not imply causation". Concernant le réchauffement observé entre les années 1970 et les années 1990, le climatologue allemand Mojib Latif estime que jusqu’à la moitié de ce réchauffement est du aux oscillations océaniques naturelles : Oscillation Multi-décennale Atlantique (AMO), Oscillation Décennale Pacifique (PDO), etc. Rappelons que les océans couvrent les 2/3 de la surface terrestre et occupent un volume d'1,37 milliards de kilomètres cubes. La pause du réchauffement observée depuis 10 ans, ceci alors que la concentration en CO2 atmosphérique continue à augmenter, s’expliquerait d’ailleurs, toujours selon Mojib Latif, en grande partie par les oscillations océaniques [Der Spiegel]. Ceci ne remet bien entendu en cause ni le fait que le CO2 anthropique exerce un forçage positif, ni la tendance de fond au réchauffement à l’échelle du siècle, mais cela relativise le rôle joué par les gaz à effet de serre d’origine humaine. Par ailleurs le rôle de la vapeur d’eau stratosphérique est également encore mal compris, comme le souligne une étude qui vient d’être publiée dans Science par Susan Solomon et al [Science].


 - Communiquer : un «équilibre entre être efficace et être honnête » ? -
 

Une partie des scientifiques du climat estime qu’il faut, lors de leurs interventions dans les médias, mettre l’accent sur les pire scénarios, voir faire croire que ces scénarios sont certains, ou presque, afin que le  grand public, apeuré comme un lapin face à un boa, prenne conscience des risques. Le climatologue Stephen Schneider a par exemple déclaré : « à chacun d’apprécier où se trouve l’équilibre entre être efficace et être honnête ». D’autres scientifiques estiment qu’il faut être honnête avec le grand public, et donc parler sans tabou des incertitudes. Il s’avère, avec les scandales à répétition qui ont secoué le GIEC ces dernières semaines, que la stratégie de l’alarmisme a atteint ses limites, et, comme le souligne John Beddington, qu’il convient à présent de communiquer sur les incertitudes. Le climatologue John Christy estime, pour le prochain rapport du GIEC, qu’« une section "vues alternatives", écrite par des climatologues compétents est nécessaire pour le 5ème rapport du GIEC. Si la réponse à cette proposition est non, pourquoi non? Qu'avons nous à craindre ? (…) Je propose que le 5ème rapport du GIEC devienne un véritable document scientifique, au lieu d'être un document conçu dans une optique d'uniformité et de consensus". D’autres scientifiques estiment qu’il convient de faire preuve de modestie concernant la confiance que l’on peut accorder aux projections des modèles informatiques à horizon 2050 ou 2100. Pour l’océanologue Carl Wunsch du MIT, "n'importe quelle personne qui vous dit qu'elle sait ce qui va se passer dans 20 ans, dans 50 ans ou dans 100 ans n'est pas un bon scientifique" [ABC.net (Australie)]. Comme l'a écrit le philosophe des sciences Karl Popper, "nous deviendrons peut-être les acteurs de notre destinée si nous cessons de nous poser comme ses prophètes".

S'exprimant à propos du GIEC, Mike Hulme a déclaré : « (…) le danger de s'auto-proclamer et de se voir offrir l'autorité suprême - y compris pour déterminer comment les gens devraient vivre et comment les politiques devraient être construites - c'est que cela vous conduit à devenir vulnérable à l'erreur humaine et à de mauvaises pratiques (…) Un peu moins de déférence à la science qui "appelle à l'action", et une articulation plus honnête des fondements éthiques et politiques des actions qu'ils proposent auraient conduit les militants climatiques à obtenir une base plus solide." [Environmental Expert.com]


- «Apocalypse fatigue » -
 

Trois personnalités ayant contribué aux rapports du GIEC  ont publié le 25 janvier 2010 une tribune dans le journal allemand Spiegel, tribune appelant à de profonds changements au niveau du GIEC et dont a fait écho le blog de la revue Science [Der SpiegelScience (blog) ]. La revue scientifique Nature a  publié le 10 février 2010 un article intitulé «Faut-il adorer le Giec, le réformer ou le supprimer ?» où cinq autres scientifiques qui connaissent le GIEC de l’intérieur ont proposé des pistes pour que l'organisme onusien puisse retrouver le degré de confiance qu’il a dramatiquement perdu à la suite de cette série de scandales [Nature / Revue de presse].

Et la crise de confiance est tout sauf légère : à présent, 3 anglais sur 4 ne font pas confiance à l’hypothèse du GIEC concernant l’origine majoritairement humaine du réchauffement [BBC News]. En France, un sondage internet réalisé par la rédaction du site du Journal du Dimanche arrive à des conclusions similaires  [JDD.fr]. Selon un sondage du Pew Research Center, les américains considèrent à présent le réchauffement global comme la dernière de leurs priorités [Pew Research Center]. Un sérieux effritement que des analystes attribuent à un syndrome qu’ils qualifient d’«apocalypse fatigue » (
Yale Environment 360]. Pire, pour l’expert en énergies renouvelables et député allemand Hermann Scheer, présenter aux grand public d’énormes risques sans parler systématiquement des incertitudes ainsi que des solutions, solutions qui sont disponibles ici et maintenant, peut conduire au développement d’une « no future mentality ». Or cet état d’esprit ne conduit pas à l’action, à l’envie de construire une économie durable, mais au contraire au découragement et à la résignation. 
 


Il reste à souhaiter que le bureau du GIEC tire à présent toutes les leçons de ces scandales successifs, de l'échec de sa stratégie de communication, et prenne note de ces  différentes propositions. Nombreux sont les scientifiques qui se sont investis bénévolement et avec beaucoup de rigueur dans la rédaction des rapports du GIEC et qui sont aujourd’hui consternés que leurs efforts aient été ainsi gâchés. Un GIEC partiellement miné par les groupes de pression (que ce soient les lobbies nucléaires ou écologistes) perd complètement sa crédibilité, ce qui ne veut pas dire que le lobbying écologiste est en soi inutile. Mais à chacun son rôle.

Un GIEC vraiment scientifique, ouvert à tous les scientifiques compétents, ouvert au débat plutôt que recherchant les faux-consensus, et qui sait se protéger des différentes pressions pourra devenir vraiment utile à la cause environnementale.
 
Le monde a vraiment besoin des scientifiques du climat. Des scientifiques exerçant leur métier dans un climat de liberté intellectuelle. 

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